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Unité assez méconnue avec ses discrets Falcon 50 blancs, la flottille 24F n'en est pas moins un élément important de la Marine Nationale pour la réalisation des missions de surveillance maritime et de sauvetage en mer. Avec son autonomie de vol d'un peu plus de six heures et demi,  et sa capacité à voler vite, ce triréacteur de Dassault est une plate-forme parfaitement adaptée pour ces missions. Dans le cadre de la mission SAR, son allonge lui permet d'aller beaucoup plus loin que les hélicoptères dédiés à cette mission, et de maintenir une présence sur zone beaucoup plus longue. Enfin ses équipements (FLIR, radar, moyens de communications) et son équipage de cinq personnes font des Falcon 50M des appareils très crédibles pour la mission SURMAR. Corollaire de cet expertise, les sept Falcon et ses dix équipages sont extrêmement sollicités. En effet aux trois ou quatre machines stationnées à Lorient, il faut ajouter une machine SAR détachée en permanence à Hyères  ; ainsi chaque équipage fait annuellement cinq détachements de deux semaines sur la plate-forme varoise. Un autre plot est stationné de façon permanente à Dakar, suite à un accord de coopération avec le Sénégal. A ceci il faut rajouter des déploiements ponctuels dans le Grand Nord pour de la cartographie de routes maritimes, ou des missions en Méditerranée dans le cadre de la gestion de la crise des migrants. Ainsi il n'est pas rare de croiser au sein de la flottille des personnels ayant effectués plus de 400 heures de vol dans l'année.


En mission avec la 24F

Après avoir discuté avec l'équipage de ce que nous allons effectuer ce matin, il est temps de rejoindre le parking Kermadehoye de la 24F.

Alors que le jour peine à se lever, parfaitement alignés, trois Falcon (n°36, 5 et 27) attendent leurs équipages face au hangar H46. Pour notre mission de ce matin nous voleront sur le 27, c'est un Falcon 50MS (S pour «  surveillance  » et donc sans chaînes SAR). Un peu plus loin se trouve le 36 qui est un 50MI (I pour «  intervention  » et donc apte à la mission SAR), c'est en fait la machine d'alerte de la flottille, qui doit être prête à partir dans un délai maximum d'une heure.

Notre équipage ce matin, est composé de deux anciens pilotes d’Atlantique 2. C'est une des particularités de la 24F, et sûrement une de ses forces, à savoir avoir des équipages qui proviennent d'horizons très différents. Ainsi certains viennent directement d'Avord, d'autres de la PatMar et des Atlantique, d'autres encore des Guardian stationnés en outre-mer, et même parfois il a pu y avoir des anciens de la chasse embarquée ou bien des hélicoptéristes. Pour le vol de ce jour, le capitaine de corvette en place droite à la particularité d'avoir fait l'EPNER (école du personnel navigant d'essais et de réception).

Pendant la mise en route des trois réacteurs, et le déroulement des différentes check list, il faut enfiler la Mae West et suivre les consignes de sécurité. Enfin les freins de parc sont desserrés, et le Falcon commence doucement à taxier. Même si le bruit en cabine est supportable il est nécessaire de porter un casque audio pour pouvoir se parler. La BAN de Lann-Bihoué, est très grande, aussi il faut un peu cheminer avant de rejoindre le seuil de piste 25. Après avoir été autorisé par la tour à s'aligner, le Falcon s'élance, l'accélération est franche, nous sommes loin de la masse maximale de l'avion (presque 20 tonnes), aussi vers 125 nœuds et après un peu plus de 1300 mètres de roulage, l'avion décolle. Nous perçons très rapidement la couche basse qui n'est pas très épaisse, puis prenons un cap Ouest en direction de Saint-Brieuc. Le vol est calme au dessus de cette étendue de nuages, et nous croisons au loin sur notre gauche un Transall de l'Armée de l'Air.

Au ras des flots

Le transit en altitude est rapide, à peine une quinzaine de minutes, il est temps de rentrer dans le cœur de la mission. En l’occurrence, descendre, percer une nouvelle fois la couche, et stabiliser à 100 pieds et 300 nœuds au dessus de la mer...sensation garantie pour tout néophyte  ! Les ondulations sur l'eau défilent très très vite sous les ailes de l'avion.

Ce matin notre mission se déroule sur le rail montant et descendant de la Manche, et consiste à faire de la surveillance maritime sous différentes formes  :

  1. Surveillance des zones de pêches en s'assurant que les bateaux qui s'y trouvent sont bien autorisés à le faire

  2. Traques des pollutions par hydrocarbures

  3. Surveillance des approches maritimes, c'est à dire reconnaître tous les bâtiments qui transitent le long des côtes française


Pour réaliser ces missions, en cabine se trouvent trois opérateurs. Tout au fond de l'appareil est installé l'un d'eux, en charge du FLIR et du radar de l'avion. A l'aide d'un joystick il pointe le FLIR sur différents plots qu'il a repéré sur le scope de son radar. S'il choisi de faire une identification visuelle sur un navire, il donne aux pilotes le cap à prendre et la distance de l'écho à contrôler. Les pilotes amènent ensuite le Falcon sur une trajectoire qui permettra d'obtenir la meilleure identification possible. En effet les deux opérateurs situés de chaque côté de l'avion tout contre les larges hublots doivent pouvoir prendre des clichés des bateaux pour identification. Ainsi le Falcon, toujours à 100 pieds au dessus des flots, prend généralement un cap qui va la conduire à voler parallèlement au bâtiment sélectionné. A proximité du bateau, le pilote va donner un décompte au photographe pour le prévenir quand déclencher. Enfin à 5 secondes du top, le triréacteur bascule franchement sur une aile pour faciliter la prise de photos, puis remet rapidement les ailes à plat, reprend un peu d'altitude, et éventuellement enclenche un large virage pour répéter la manœuvre si nécessaire. Avec la densité du trafic dans la Manche, ces manœuvres se  répètent pendant près de deux heures. L'opérateur côté droit, une fois les photos prises, les charge sur son ordinateur, et les compare à sa base de données, et peut si nécessaire contacter en vol la préfecture maritime pour avoir des précisions supplémentaires sur un navire. Pendant ce temps l'opérateur côté gauche scrute son écran qui affiche en temps réel les informations de tous les bâtiments navigants grâce à l'AIS (Automatic Identification System).

Dans la cabine exiguë du Falcon 50M la notion d'équipage ici prend tout son sens, en effet chacun partage au mieux les informations que lui fournissent ses instruments pour réussir en commun la mission.

Après une navigation le long des côtes entre Le Havre et Dieppe, il est temps de remonter au niveau FL160 pour retourner à Lorient. Les pilotes mettent à profit cette fin de vol pour faire une approche directe sur la BAN de Lann-Bihoué.

Enfin avant de revenir au parking, notre Falcon fait un arrêt à la «  douche  », une aire équipée de buses dans le sol qui pulvérise de l'eau sur l'avion pour le rincer de l'air salin très agressif.


La suite

Courant 2016, la 24F devrait recevoir une huitième machine, une ancienne machine de l'ETEC modifiée chez Dassault à Bordeaux pour une utilisation spécifique à la Marine. L'arrivée de ce Falcon supplémentaire devrait permettre à la 24F d'avoir un peu plus de latitude pour la réalisation de ses missions, en particulier celles constituant à former les nouveaux équipages, ce qui permettrait d'atteindre la cible de douze équipages. Mais il semble que le contrat opérationnel de la flottille sera aussi modifié avec une allocation annuelle d'heures de vol qui monterait à 4600, donc une augmentation significative de temps de vol pour chaque pilote.

Enfin le MCO confié à Sabena Technics à Dinard courant 2014 semble convenir aux utilisateurs. Ce contrat permet par exemple lors du déploiement d'un appareil, de ne détacher qu'un groupe de sept personnes, cinq personnels navigants et deux mécaniciens.



Tout d’abord je tiens à remercier ceux qui ont rendu possible ce reportage, et plus précisément les CC Delort, LV Busch, et Mme Zopfmann . Merci à la 24F pour son accueil, et tout particulièrement au super équipage du 27!