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Seul et unique appareil de 5e génération opérationnel dans le monde, le Lockheed F-22 Raptor, plus de 10 ans après sa mise en service, suscite toujours autant de fantasmes auprès des observateurs de l'aviation de combat. Moqué parfois pour son absence de Liaison 16, ou le fait qu'aucun viseur de casque n'ait pour l'instant été intégré, les performances distillées au compte-goutte semblent prouver que le F-22 est un digne héritier des F-86, F-100, F-4, et autres F-15 qui assurent la supériorité aérienne américaine depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Et ce n'est pas la communauté très fermée de ceux qui font voler cet avion qui donnera beaucoup plus d'informations. Malgré tout au fil des ans, on a appris que la SER (Signature Equivalente Radar) est vraiment très faible, que la super-croisière (vol supersonique sans post-combustion) est bien supérieure à Mach 1,3, ou que des engagements ont eu lieu à des plafonds pratiques supérieurs à 65,000 pieds  ! Aussi, même si parfois certains se sont vantés de match nul voire de victoire en dogfight, en BVR (Beyond Visual Range) personne n'a pu contester la supériorité de l'oiseau de Lockheed, et le «  Rapace  » semble sans équivalent actuel pour nettoyer le ciel de tout bogey  !


Un débarquement surprise

Depuis deux ans, et le lancement du TSP (Theater Security Package) en Europe, l'Air Force a pris l'habitude de beaucoup communiquer sur les futurs déploiements d'unités CONUS de F-15, F-16 ou A-10, en revanche l'arrivée de quatre Raptor le 11 avril à RAF Lakenheath surpris tout le monde. Alors qu'on imaginait un dispositif léger équivalent à celui qui avait visité Spangdhalem à l'été 2015, le lendemain 12 avril, de nouveau quatre machines du 95th FS de Tyndall atterrirent sur la base aérienne du Suffolk, et enfin le dimanche 17 quatre autres Raptor vinrent compléter le dispositif. Au final, ce ne fut pas moins de douze F-22 qui prirent leur quartier à 'Heath  !

Si le précédent déploiement en Allemagne ressemblait plus à une prise de marque, en s'assurant que les plateformes aux normes OTAN pouvaient accueillir sans encombre cet avion, celui du printemps en Angleterre fut bien plus axé sur l'opérationnel. La communication de l'US Air Force à ce sujet était sans équivoque «  Maximiser les possibilités d'entraînements avec les alliés de l'OTAN, affirmer durablement l'engagement auprès d'eux, et enfin dissuader toute action visant à déstabiliser la sécurité de la région  ». Ce fut dans cette optique que le 25 avril, deux Raptor passèrent la journée sur la base roumaine de Mihail Kogalniceanu, une base situé à un peu moins de 250 nautiques de la Crimée, puis deux jours plus tard le même scenario se reproduisit, mais cette fois à Šiaulai en Lituanie, à environ 100 nautiques de l'enclave de Kaliningrad. Des messages pas bien compliqués à décrypter pour ceux à qui ils étaient destinés...

En Angleterre, les appareils du 95th FS jouaient une partition bien plus classique. Avec les avions du 48th FW, ils pouvaient monter des entraînements très complets avec les Strike Eagle en force offensive, protégés des menaces des F-15C par les Raptor. Les Eagle pouvant intervertir leur rôle avec celui des F-22. En d'autres occasions, les Typhoon de RAF Coningsby participèrent à ces entraînements. Tout ce monde s'affrontant au dessus du Pays de Galle près du Mach Loop dans un environnement bien différent de celui habituel du «  Sunshine State  » floridien.

Ça bouge à Lakenheath

Contrairement à certaines forces aériennes continentales ou parfois l'activité aérienne est assez réduite, la philosophie américaine est de faire voler intensément les avions qu'elle a en inventaire. Une journée à Lakenheath permet de bien vite mesurer la différence  avec ce que l'on voit habituellement!

Dés 7 h 40 du matin, de nombreux bruits de mise en route de moteurs proviennent d'un peu partout, puis rapidement taxyant du sud-est de la base, les Eagle, Strike Eagle et Raptor montent vers les larges points d'arrêt qui se trouvent de chaque côté de la 24. Cinq, six, parfois huit machines sont alignées comme à la parade, moteurs tournants, tandis que les mécanos s'activent à retirer toutes les sécurités sous les appareils. Enfin au top, tout ce beau monde monte en piste, et comme il est de coutume dans l'Air Force, sans réel freinage ni point fixe, les moteurs sont crantés pleine PC (pas pour les F-22) et les avions s'élancent les uns à la suite des autres dans un déchainement de décibels. Il faut une grosse heure pour faire partir une trentaine de machines. Le silence ne se fait que pendant une bonne demi-heure, le temps que les premiers appareils rentrent, et c'est de nouveau un ballet d'une heure durant lequel tout le monde se pose avec des prises de terrain plus ou moins serrées, certains profitant d'un excédent de pétrole pour procéder à quelques remises de gaz. Au loin les tankers de RAF Mildenhall se posent après avoir ravitaillé une partie des chasseurs. Après un long break, en milieu d'après-midi, le deuxième tour de la journée est lancé dans des proportions analogues à celui du matin  !


Si l'USAF a largement communiqué sur des petites histoires annexes de ce déploiement, comme par exemple, la belle histoire du pilote de Raptor qui revient à Lakenheath après y avoir stationné trois ans sur F-15 quelques années plus tôt, force est de constater que sur les activités opérationnelles du 95th FS en Angleterre peu de choses ont filtré. Le mystère de ce dont est capable le F-22 a encore de belles années devant lui.