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Après avoir patienté de longues minutes en point d'arrêt 26, le Super Etendard Modernisé numéro 1 s'élança enfin pour une ultime démonstration. Preuve du bel état d'esprit au sein de la 17F, c'est le Chef Ops de «  La Glorieuse  » qui était aux commandes, le patron de la flottille ayant effectué le dernier catapultage, et le commandant en second souhaitant réaliser une dernière fois la démo tactique à deux.

Après un décollage long et bas, suivi de quelques figures joliment enchaînées dans le ciel chargé de Landivisiau, un passage rapide puis un passage tout sorti, et enfin un dernier vent arrière, il fut temps de se poser pour la dernière fois.

A 19h24, ce mardi 12 juillet 2016, l'histoire du SEM au sein de l’Aéronautique Navale prit définitivement fin, écrivant la dernière page d'une histoire débutée dans les forces en juin 1978.


Sur le pont jusqu'à la fin

Jusqu'à la fin, le SEM resta à la pointe du combat. Il participa ainsi activement au déploiement du GAE (Groupe Aérien Embarqué) sur le porte-avions Charles de Gaulle de fin 2015 à début 2016, dans le cadre de l'opération Chammal.

Pour ce dernier déploiement à la mer, le Super fut complètement intégré au dispositif, dans le sens où il ne fut pas cantonné à des missions différentes de celles réalisées par les Rafale M. En revanche, durant Chammal, les SEM ne volaient qu'entre eux, ils ne réalisèrent pas de MFFO (Mixed Fighter Force Operations). Pour les missions d'appui aérien effectuées par la 17F, chaque machine était configurée illuminateur/bombardier. Durant ce déploiement les SEM pouvaient rester jusqu'à trois heures sur zone assez loin du bateau, ce qui conduisait très régulièrement à réaliser des missions de 6 heures (limite imposée par la consommation en huile). Ces longs vols mirent en exergue quelques  points particuliers comme celui de la baisse de vigilance pour la phase délicate de l'appontage, ou bien encore le faible confort et l'ergonomie datée du SEM par rapport au Rafale M (siège incliné, climatisation, etc.) pour de telles missions.

Enfin le 16 mars 2016 au large de Toulon, eut lieu l'ultime catapultage d'un Super Étendard, encore une fois le n°1.

Un retrait nécessaire

Comme le fit remarquer le Commandant de la BAN de Landivisiau c'est sans pincement au cœur ni nostalgie particulière que la Marine dit adieu à ses SEM, juste le profond respect dû à ce valeureux guerrier. En effet, il apparut que la transition au tout Rafale M devenait souhaitable (gestion plus simple d'une flotte unique, installations communes, etc.). Il fallait faire attention à ne pas effectuer l'année de trop pour le Super. Initialement programmé en 2010, le retrait du service de cet avion fut décalé à cause d'une montée en puissance du Rafale plus lente que prévue.

En 2010 le SEM perdit sa mission de dissuasion nucléaire, puis en 2012  sa mission de reconnaissance photographique. Malgré tout, il est intéressant de noter que jusqu'à la fin, une partie non négligeable des jeunes pilotes demandait encore une affectation à la 17F. L'assurance de voler sur une machine qui se pilote «  aux fesses  », et aussi la possibilité, maintenant devenue rare, de voler sur différents appareils durant sa carrière  !

La BAN de Landivisiau disposant dorénavant d'un volume de Rafale M suffisant (un peu moins d'une quarantaine), il est maintenant possible d'armer trois flottilles avec le chasseur omnirôle de Dassault. La 17F devrait être recréée en septembre 2016 avec quatre ou cinq machines, puis monter progressivement en puissance pour être pleinement opérationnelle au cours de 2018.

Une sortie discrète

Alors que le Mirage F1 eut le droit à une tournée d'adieu largement médiatisée par l'Armée de l'Air avec comme point d'orgue un ultime vol lors du défilé aérien du 14 juillet, la Marine choisit un retrait beaucoup plus discret. Sur le parking de la 17F fut organisée une petite exposition statique avec quatre Super dans différentes configurations, et deux Rafale M représentant le futur de la flottille. Dans le hangar quelques jolis stands retraçaient la carrière du Super Etendard. Et tout autour, un grand nombre d'anciens du SEM, dont la joie de se rerouver ensemble était parfois bien démonstrative. Au milieu on pouvait croiser parfois quelques figures mythiques de l'Aéro comme Ramon Josa ou Yves «  Bill  » Kerhervé.

Enfin, comme il se doit, un petit spectacle aérien fut offert en fin de journée pour les nombreux invités. Cela démarra par un défilé aérien de deux SEM, deux Rafale M, un Zéphyr, un Paris et enfin un Hawkeye. Après que le Fouga et le Morane aient offert une petite démonstration, et avant que les deux Rafale M ne clôturent ce petit show, ce fut à la paire de Super de prendre possession du ciel breton pour une très belle démonstration tactique.

A l'intérieur du SEM pour la dernière démonstration

Aux commandes du n°51 décoré, le futur commandant de la 17F sur Rafale M. Après avoir commencé sa carrière sur SEM, celui-ci a poursuivi sur Rafale M, puis après un échange aux Etats-Unis sur F/A-18 Hornet, a réintégré l'Aéronautique Navale encore sur SEM. Selon ses dires, faire de nouveau du Super Etendard après avoir volé sur Rafale ne fut pas aisé, et impliqua une bonne dose d'humilité. Dans le 41, à ses côtés, un jeune Enseigne de Vaisseau avec pas moins de 800 heures de vol et 180 appontages sur la bête, et qui réalisait depuis 2015 cette présentation tactique. Il nous raconte les dernières minutes de son ultime vol  :


«  Pour ce dernier vol, le leader a décidé de nous présenter au break à 400nds. C’est bien plus rapide que la vitesse standard de 280nds, adaptée au circuit d’appontage du porte-avions. On sort des clous mais après tout, c’est la dernière fois et le public de connaisseur appréciera. On se présente donc dans l’axe de piste à 600ft/sol, comme sur le porte-avions. On remonte rapidement la piste 26 de Landi et on break à hauteur de la 17F, là où le public est massé. Le break en lui-même est aussi différent puisque le leader a choisi un « fan break ». Les deux avions partent en virage en même temps, mais en position de n°2 j’applique une cadence plus faible que mon leader. Cela donne un joli effet visuel! Je pars en virage et je garde d’abord les aérofreins rentrés pour créer de l’espace avec mon leader, qui affiche lui plein réduit et sort immédiatement ses aérofreins. Une fois que je juge la séparation suffisante je commence ma décélération. Le moins que l’on puisse dire c’est que le SEM lancé à 400nds ne veut pas ralentir! J’affiche plein réduit et sors les aérofreins, mais même dans cette configuration je suis obligé de garder l’avion sur la tranche pour le freiner encore plus. C’est l’un des avantages des commandes de vol classiques, l’avion ne m’empêche pas de le garder sur la tranche, et je peux ralentir comme ça, mais attention au décrochage! Je vois le leader devant moi qui garde aussi son avion sur la tranche. L’avion décélère bien et passant 210nds je sors le train, tout en redressant l’avion pour lui donner une attitude plus cohérente d’un vent arrière! 180nds, je sors les volets, maintenant que tout est sorti je laisse l’avion ralentir pour venir chercher la vitesse d’approche de 126nds. L’incidence augmente doucement pour venir autour des 13° que je devrai garder pour la finale. Un petit coup sur le levier pour relever mon siège au maximum, un dernier coup d’oeil sur le train et les volets, c’est parti pour le dernier virage. Je commence une légère descente tout en faisant mon virage de 180° continu pour venir m’axer sur la piste. L’inclinaison est d’environ 25 à 30° tout au long de ce virage, la première partie se fait beaucoup en contrôlant les instruments, mais passant 90° de virage je sors la tête de la cabine. Premier coup d’oeil au miroir posé sur le bord de piste, retour en cabine pour contrôler l’incidence et ainsi de suite. Je dégauchis sur l’axe de piste, la première condition pour venir à bord, puis je reprends le scan miroir/incidence. Pas d’auto manette (uniquement la nuit, et encore, pas pour tout le monde), la malheureuse a l’âge de ses artères et l’appontage de jour sur SEM se fait toujours à la main, le temps de réaction du pilote étant bien meilleur. Je garde le plan en jouant sur la manette des gaz, la modulation est importante tout au long de la dernière partie de l’approche: le groove. Je vois le miroir vivre sur le bord de la piste, je sens l’avion qui refuse de descendre, classique de l’approche à terre avec la chaleur rayonnée, un petit coup de modulation vers l’arrière et je le sens s’enfoncer. L’assiette est conservée avec le manche, l’avion est capricieux, à 1,1 de VS (vitesse de décrochage) il donne l’impression d’un cône poser sur sa pointe que j’essaie de maintenir droit avec mes deux mains et aussi mes deux pieds! Je garde le tout comme un seau d’eau percé dont il faudrait perdre le moins d’eau possible, je passe l’entrée de bande, pas d’arrondi. Le SEM encaisse une dernière fois sans broncher, et je commence ma décélération. Une fois de plus je me suis bien battu avec mon avion, ce n’était pas facile mais quel plaisir pour un pilote et toujours une fierté de ramener mon SEM avec ses commandes de vol sans assistance.

Avant de rentrer au parking nous attendons notre dernier compère qui en termine avec la démo solo et nous entamons le roulage à 3 vers la 17F, pour couper une dernière fois. J’étais concentré durant la présentation, et j’avais chaud, ce n’est qu’à ce moment que je commence à réaliser que tout cela est bientôt fini. C’est la fin d’une belle aventure pour moi. Pas les années les plus faciles, mais les plus belles certainement.

Je ne trouve pas mon SEM particulièrement beau. Il n’est pas élancé et fier comme un Rafale, il ne dégage pas la puissance d’un chasseur américain ou russe, il n’emporte pas beaucoup de charges utiles et n’est vraiment pas confortable. Pour toutes ces raisons il est maintenant temps de tourner la page, mais pourtant je me suis profondément attaché à mon avion, j’étais fier de ce qu’on en faisait, et fier de le ramener sans casse à bord. J’étais fier et heureux de mes années sur SEM, j’y ai trouvé plus qu’un rêve de gosse, je n’imaginais pas un jour arriver derrière le bateau avec mon SEM. J’en garderai un souvenir ému, de la nostalgie et aussi beaucoup d’amis.  »


Avec le retrait du SEM, la Marine Nationale se rapproche un peu plus de son plan «  Horizon Marine 2025  » qui la verra mettre en œuvre des matériels modernes, Rafale, NH90, FREMM, etc...et sera une Marine à l  'efficacité renforcée.


Merci à tous ceux qui ont permis ce reportage