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Là où tout commence

Pour tous les jeunes qui poursuivent le rêve de devenir pilote au sein de l'Aéronautique Navale, le chemin à emprunter démarre sur la BAN de Lanvéoc-Poulmic au sein de l'EIP/50S (École d'Initiation au Pilotage et escadrille 50S). Cette unité est chargée tout d'abord, d'assurer la présélection des candidats civils souhaitant devenir EOPAN (Élève Officier Pilote de l'Aéronautique Navale). Les candidats reçus sont alors incorporés pour recevoir une formation militaire et suivre la sélection en vol sur Cap 10M. Par ailleurs, l'escadrille forme au pilotage les élèves de l’École Navale.


Des profils très variés

Les pilotes en unités racontent que lors des JPO ils sont abordés systématiquement par des jeunes qui pensent que l'unique moyen d'embrasser une carrière de pilote est «  d'avoir fait math sup, math spé». La réalité est en fait toute autre  !

En ce qui concerne le niveau scolaire requis pour se présenter aux présélections, il suffit d'avoir au minimum le baccalauréat. Et pour aller plus loin, statistiquement au sein d'une promotion qui suit la formation aéronautique à l'EIP/50S, 25% ne possède que le bac. 50% a un niveau bac +2/3, et enfin le reste est ingénieur.

De la même manière, il faut tordre le cou à l'idée reçue qu'il faudrait savoir piloter avant de se présenter aux sélections. Statistiquement, un tiers des élèves n'a réalisé aucune heure de vol de sa vie, un autre tiers a une expérience d'une petite trentaine d'heures de vol, et le dernier tiers possède une grosse expérience qui peut se chiffrer parfois en centaines d'heures de vol. Cette expérience ou non-expérience n'influe en rien sur les résultats à la sortie de la 50S, puisque les brevetés respectent exactement cette répartition par tiers. En effet il s'avère que ceux avec une solide expérience aéronautique ont parfois du mal à perdre leurs habitudes et qu'ils ne savent pas adapter leurs automatismes aux particularités du vol militaire.

La présélection

Chaque année, environ 200 à 220 jeunes se présentent aux présélections pour devenir pilote de l'Aéronautique Navale. Cette présélection qui dure trois jours s'articule autour de plusieurs axes.

Tout d'abord il y a les épreuves d'anglais au nombre de deux. Premièrement il faut écouter une bande audio puis répondre à une centaine de questions liées à la compréhension de celle-ci. Ce test est éliminatoire, si le candidat n'atteint pas le niveau souhaité (TOEIC 800). Pour ceux qui ont réussi, suit ensuite un entretien avec un professeur d'anglais, une explication de texte plutôt axé militaire et aéronautique.

Une fois ce volet langue passé, le candidat poursuit la sélection par un entretien avec un psychologue. Cet entretien, qui n'est pas éliminatoire, va permettre de mieux cerner la personnalité du candidat.

Enfin un dernier entretien a lieu avec des moniteurs de l'EIP. Ceux-ci vont s'efforcer de comprendre les attentes et les motivations du candidat, s'assurer qu'il a saisi la dimension militaire de la carrière, découvrir ses connaissances aéronautiques et militaires, et d'une manière plus générale voir si cette carrière est faite pour lui.

A l'issue de ces différentes phases, un comité de présélection se réunit pour statuer sur le cas de chaque candidat.

Au final, sur une année, environ 45 jeunes sont retenus pour poursuivre l'aventure au sein de l'EIP.

La formation

Annuellement, trois promotions de 15 élèves tentent de suivre jusqu'au bout le stage de formation, et les 16 vols qui le composent.

Pour réaliser ceci, l'escadrille met en œuvre sept Cap 10M et trois SR20. Les instructeurs sont eux au nombre de onze, et viennent de tous les horizons de l'Aéronautique Navale, deux sont pilotes de chasse, un est pilote de Hawkeye, le reste vient des hélicoptères et de la Patrouille Maritime. Ce brassage de profils permet de confronter des méthodes pédagogiques et points de vue différents. Il faut réaliser 20 vols pour être qualifié moniteur (11 de qualification Cap 10, et 9 à but pédagogique pour emmener un élève). Pour éviter toute «  target fascination  » (excès ou absence d'indulgence) vis à vis d'un jeune, les moniteurs ne volent quasiment jamais avec le même élève. Comme il est classique dans les forces françaises, la progression du stagiaire est visualisé à l'aide du «  picasso  » qui avec ses codes couleurs permet au premier coup d’œil de voir le niveau de l'élève.

Consciente de son importance dans le processus de formation des futurs pilotes de l'Aéro, l'EIP/50S dispense une instruction où le stress en vol est une donnée dont il faut tenir compte  ; on considère qu'au moment où il monte dans l'avion le jeune perd 50% de ses capacités, et au moment du déjaugeage 25% supplémentaire.

Ici le principe est que le moniteur montre une fois, l'élève doit ensuite restituer, puis on considère que cet exercice est maîtrisé, et on peut après complexifier les missions. Avec seulement 16 vols au programme, tout autre méthode serait vouée à l’échec.

Pour ajouter à la difficulté, la météo sur la pointe bretonne joue un rôle prépondérant, la promotion intégrée l'été achevant sa formation en 4 mois environ, alors que celle d'hiver peut mettre 8 mois...

Le Cap 10M est limité à 12 nœuds de vent de travers au décollage (15 pour les moniteurs), et son pilotage est réputé assez pointu mais parfaitement adapté à la voltige.

Environ la moitié des élèves qui entrent à l'EIP échouent à compléter la totalité de la formation, mais dans ce cas l'unité propose des réorientations au sein de la Marine.

Ceux qui réussissent vont être différemment orientés. Environ cinq d'entre eux partent à Cognac pour suivre le cursus avion, ou à l'issue un ou deux partiront aux Etats-Unis pour suivre la filière chasse/Hawkeye. Trois rejoignent Dax puis Le Luc pour devenir hélicoptéristes. Enfin le major de promotion suit le parcours «  full US  ».


Full US

Le major de chaque promotion se voit donc proposer le parcours «  full US  ». Après un entretien à l'ambassade des États-Unis en France, il rejoint le DLI de San Antonio pour un stage intensif d'anglais de deux mois. Ensuite il rejoint NAS Pensacola durant deux mois pour l'ATPL. Après, il reste toujours en Floride, mais prend la direction de NAS Witting Field pour suivre une instruction en vol de six mois sur T-6 Texan II. Enfin à l'issue de ce semestre il rejoint NAS Meridian dans le Texas pour un an durant lesquels il va voler sur T-45. Cette année se compose de 7 mois dit «  intermediate  » et 5 mois dit «  advanced  ». Durant ces 5 mois il va pratiquer de la navigation à basse altitude, du bombardement à l'aide de bombinette d'exercice, mais aussi et surtout pratiquer des FCPL (ASSP en français pour appontage simulé sur piste), et enfin se qualifier aux appontages sur porte-avions (10 accrochages pour obtenir la qualification).

A son retour en France, le jeune va ensuite à la 57S à Landivisiau pour découvrir l'espace aérien et les terrains français. Enfin, il est temps pour lui d'être affecté dans une flottille.

Ce modèle «  full US  » permet de nouer, avec des navigants américains, de solides relations qui faciliteront les échanges lors des exercices communs des deux marines. Un instructeur de la 50S racontait par exemple, lors d'une mission de guerre au Levant, avoir ravitaillé sur l'avion que pilotait son colocataire américain lorsqu'il vivait aux États-Unis.


A la fin de chaque promotion, la 50S organise une cérémonie de remise de demi-aile. Un événement durant lequel les jeunes se font épingler sur la poitrine un insigne sur lequel ne figure qu'une seule aile. Un symbole fort pour montrer le chemin déjà parcouru et pour montrer celui qu'il reste encore à faire. Même si dans la réalité, les jeunes qui quittent brevetés l'EIP/50S ont 93% de chance de devenir pilotes opérationnels de l'Aéronautique Navale, et de devenir un jour à leur tour, les instructeurs de l'EIP qui transmettront les valeurs de l'Aéro  !


Merci au pacha de l’EIP/50S pour son acceuil exceptionnel, merci aussi aux moniteurs de l’escadrille pour leur disponibilité, et leurs explications. Merci à l’Officier Communication de la Force Aéronautique Navale ainsi qu’au BRP de la BAN de Lanvéoc, pour la préparation minutieuse de ce reportage, pour leur patience et leur gentillesse. Enfin merci au super équipage du «245» pour le photex.