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Plus grande base aérienne française après Istres, avec son emprise de 800 hectares, la Base d’Aéronautique Navale de Lann-Bihoué regroupe tous les moyens métropolitains liés aux missions de patrouille, surveillance et intervention maritime (PATSIMAR). Ces dernières années, les flottilles 21F, 23F et 24F, respectivement sur Atlantique 2 et Falcon 50M, ont vu leur parc aérien grossir, grâce à la réception de nouvelles machines, mais aussi grâce à une amélioration de la disponibilité.  Le corolaire à cette remontée en puissance, est qu’il faut augmenter de manière significative le flux des équipages arrivant dans ces flottilles. C’est ici qu’intervient une discrète unité stationnée sur la plateforme de Lorient, la 28F. Cette flottille, équipée d’Embraer EMB121 Xingu, joue en fait un rôle essentiel dans le vieillissement des pilotes avant leur mutation sur ATL2 ou F50M.


Un peu d'histoire

La flottille 28F est l'héritière des traditions de la 8ème flottille d'exploration créée le 29 avril 1944 à Norfolk aux Etats-Unis. Equipée d'hydravions Catalina, elle est rapidement déployée en Afrique du Nord puis part en Indochine après l'armistice en 1945. La 8FE change de nom le 1er janvier 1946 pour s'appeler 8F.

En 1950 l'unité délaisse ses Catalina pour des Privateer. Ces avions effectuent des missions de bombardement. En 1953 la 8F laisse la place à la 28F.

Lors des combats à Dien Bien Phu la 28F perd en moins d'un mois deux Privateer. Seul deux membres d'équipages s'en sortiront et reviendront en France après deux années de captivité. Un de ces survivants est toujours visité régulièrement par les membres de la 28F actuelle lors de différentes commémorations. Durant le conflit indochinois, l'unité sera citée six fois à l'ordre de l'armée avec attribution de la croix de guerre des théâtres d'opérations extérieurs, faisant de la flottille l'unité la plus titrée de la marine depuis la fin de la seconde guerre mondiale. En 1956 la 28F quitte Saïgon pour rejoindre Bizerte et participer à un conflit qui ne porte pas encore son nom. En 1960 la flottille abandonne ses Privateer et passe sur Neptune. En 1962 elle rejoint la BAN de Nîmes-Garons, où elle sera dissoute en 1963. La 28F est réactivée le 31 mars 2000 sur la BAN de Hyères. C'est enfin en 2010 qu'elle rejoint sa base actuelle de Lann-Bihoué.


Maître mot, vieillissement

Située à l'abri d'un bois au nord-est des installations de la base, la flottille 28F est une petite boutique, mais son rôle n'en reste pas moins important. Comme le rappelle le pacha de l'unité, c'est ici «  qu'on commence à apprendre la méthode Marine  », mais c'est aussi ici que les pilotes vont acquérir leur première qualification de commandant d'aéronef (CDA).

A Avord au sein de l'EAT319 les jeunes ont appris les bases du pilotage d'appareils multi-moteurs. A la fin de leur cursus sur la BA702, ils ont effectué une dizaine de vols spécifiques à la Marine avec en particulier des manœuvres leur apprenant la transition du vol de haute  à basse altitude.

Quand ils arrivent ensuite à Lorient, ils ne sont plus des élèves mais des pilotes à l'entraînement. La 28F va s'assurer de leur vieillissement durant environ deux ans. La flottille est composée de 19 pilotes, cinq d'entre eux sont des anciens dont trois ont le statut d'instructeur (IP).

Durant son affectation au sein de cette unité, le jeune pilote va voler environ 230 heures par an. Les deux premiers tiers de son temps à la 28 sont consacrés à acquérir une expérience aéronautique IFR. Il va aussi devoir acquérir l'aisance et l'autonomie attendue d'un chef de bord en n'étant plus noté comme en école. Il va apprendre à faire face à des situations d'urgence ou de détresse. Mais aussi il va devoir maîtriser la préparation des vols de la même manière qu'il sera amené à le faire sur Atlantique 2 ou Falcon 50M.

Devenir marin pilote

Les six derniers mois à la 28F sont consacrés à la réalisation de missions s’apparentant plus à la PATSIMAR. Cela commence tout d'abord avec la formation au B-A BA du survol maritime, avec toutes les particularités du vol au dessus de l'eau. Les jeunes vont apprendre quelques manœuvres de base  :

  1.   Comment prendre des photos d'un bateau, en réalisant les manœuvres nécessaires pour se placer sur son arrière, tout en appréhendant le péril aviaire que cela peut présenter lorsqu'il s'agit de prendre des photos de bateaux de pêches par exemple  ; c’est une des missions typiques de celles réalisées par les Falcon 50M de la 24F.

  2.   Comment effectuer une «  feuille de trèfle  » dans le cas de mission de recherche de naufragé.

  3.   Réalisation de cercles de chasse comme pratiqué par la PatMar en lutte anti sous-marine.

Au cours de leur première année, les pilotes à l'entraînement partent une semaine au sein d'une des deux unités d'Atlantique 2. Ceci dans le but de leur faire découvrir la vie d'un équipage de  patrouille maritime (entraînement au simulateur de vol, vols d'entraînement à la lutte anti-navire, appui aérien rapproché), mais aussi pour faire évoluer leurs idées préconçues sur ce sujet. De la même manière ils vont effectuer deux ou trois vols sur Falcon 50M, le but étant qu'ils découvrent comment se prépare une mission, et aussi la particularité des vols effectués dans le cadre de l'action de l'état en mer (surveillance des approches maritimes, police de pêche, SAR, etc..).


Le Xingu

Cet avion reçu en 1982 est simple et fiable. Comme il est courant dorénavant dans les forces, l'entretien est externalisé auprès de CATS Cassidian. La 28F devant réaliser 3600 heures de vol par an, le contrat conclu entre les parties, est de mettre chaque jour à disposition de la flottille 8 machines, 4 devant être prêtes à partir de 8h tous les matins. 92% des missions planifiées sont réalisées.

Entre 2010 et 2012 les avions ont été rénové, notamment avec un cockpit EFIS (planche de bord tout écran), aussi les premiers avions à sortir de flotte ne devraient pas l'être avant 2032 ou 2033.

Si pour le pacha de la flottille à la très solide expérience aéronautique (+ 4000 heures de vol sur patrouilleur maritime), le pilotage du Xingu n'est pas vraiment compliqué, pour les jeunes l'avis est un peu différent. Selon eux, ce n'est pas un avion pointu mais il est compliqué sur un seul moteur, ses performances se dégradent rapidement par fortes chaleurs, et il est aussi sensible au vent de travers, très courant à Lorient. Malgré tout chacun s'accorde à dire que si on sait faire sur un seul moteur en EMB121, on sait ensuite faire sur toutes les autres machines.

A noter que les machines de l'Armée de l'Air et de la Marine sont identiques à l'exception de la balise ultrasonore. Un équipement obligatoirement emporté à bord des Xingu «  Marine  » pour effectuer des vols maritimes en basse altitude.


Sur la BAN de Lann-Bihoué dorénavant il y a 12 équipages de Falcon 50M, et 18 d'Atlantique 2. Aussi avec un quart des effectifs à renouveler chaque année, l'activité de la 28F n'est pas prête de faiblir, bien au contraire. Les années ou parfois un jeune pouvait rester affecté 4 ans au sein de cette flottille semblent bien lointaines maintenant. La jeunesse des pilotes à l'entraînement, la personnalité des anciens, le tempo élevé des vols, la visibilité par rapport à la prochaine affectation, participent grandement à la bonne ambiance qui règne au sein de la flottille 28F.


Merci à tous ceux qui ont rendu cete visite possible. Remerciements particuliers aux personnels de la flottille 28F pour leur accueil.