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Tactical Leadership Program

En pleine guerre froide à la fin des années 70,  l’Allied Air Force Central Europe décida de créer le Tactical Leadership Program (TLP). Le but était d’augmenter ses capacités tactiques en développant des techniques et procédures dans le cadre d’opérations aériennes multinationales. En janvier 1978, la Belgique, le Canada, la RFA, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et les Etats-Unis créèrent donc le TLP sur la base allemande de Fürstenfeldbruck. Au début ces sessions ne duraient que deux semaines et se déroulaient sous forme de séminaires purement théoriques. En septembre 1979, le TLP déménagea sur la base aérienne de Jever, au Nord de l’Allemagne  ; à cette occasion, les sessions s’allongèrent pour durer quatre semaines, et un volet pratique avec des vols fut rajouté aux cours théoriques au sol. Le TLP resta à Jever jusqu’à la fin 1988 -  période allemande durant laquelle 71 sessions se déroulèrent. L’Allemagne demanda au TLP de quitter ses installations de Jever pour plusieurs raisons. Une augmentation sensible des nuisances sonores, la congestion des couloirs aériens de vols à basse altitude dans cette région, et enfin la prochaine introduction du Tornado ECR sur cette base. Une autre raison invoquée parfois, sont les pressions exercées sur le gouvernement ouest-allemand par les médias et la population à la suite du terrible crash du meeting aérien de Ramstein.

C’est donc la base de Florennes en Belgique qui fut choisie pour accueillir le TLP. En effet avec le départ du 485th Missile Wing de l’USAF, de larges espaces et infrastructures étaient dorénavant disponibles sur la base belge. D’autre part sa position centrale permettait de voler au-dessus des espaces militaires dédiés du Benelux, d’Allemagne, de France et du Royaume-Uni. Mais au fil des années, les conditions météorologiques, l’augmentation du nombre de participants, et la saturation de l’espace aérien civil dans cette région, conduisirent les responsables du Tactical Leadership Program à envisager un nouveau déménagement. C’est ainsi qu’en milieu d’année 2009, le TLP quitta définitivement la Belgique pour rejoindre Albacete dans le Sud-Est de l’Espagne où se tiennent annuellement trois à quatre sessions.

Il est à noter que durant sa période belge, le TLP organisa quelques sessions en dehors de Florennes, en France en particulier, avec par exemple des sessions sur la BA128 de Metz en septembre 1990, ou la BAN de Nîmes-Garons en décembre 2004.


La France, une habituée du TLP

Durant les années 2000 la France organisait un TLP franco-français (les exercices «  Chef de mission  »), mais en 2008 avec son retour au sein du commandement intégré de l'OTAN cette situation changea radicalement. En effet la France et neuf autres nations signèrent un MoU (Memorandum of Understanding) finançant et garantissant de facto des places au TLP.

C'est ainsi que 14 places dans ces stages furent attribuées annuellement à la France. D’autre part, selon cet accord signé, ce nombre de stagiaires implique que la France soit présente avec cinq personnels intégrés au staff permanent du TLP. Le terme du contrat signé entre les 10 partenaires arrive à échéance à l’été 2017. La France a d’ores et déjà confirmé qu’elle renouvellerait sa participation à ce contrat, en revanche on ne connaît pas encore le nombre de places qu’elle souhaite obtenir. Même si avec le tempo des Opex qui ne ralentit pas et un flux de pilotes à former en augmentation, on peut imaginer que l’on reste sur un schéma identique.

Des capacités au top

Le staff du TLP est composé d’une cellule «  intel  » dans laquelle se trouvent quatre officiers de renseignements (un français, un hollandais, un belge et un américain), dont la mission est de préparer les scénarios qui se déroulent durant les flying courses. Ils sont là aussi pour apporter leur soutien aux  équipages dans la préparation des missions. Détail méconnu, ils forment aussi ponctuellement des officiers de renseignement issus des escadrons de combat de différentes forces aériennes. Les membres de cette cellule «  Intel  » sont affectés à Albacete pour une période de deux à trois ans, ce qui permet en théorie d’avoir régulièrement un renouvellement d’officiers apportant une expérience «  fraiche  » du terrain.

A l’heure des conflits asymétriques ou les menaces Air-Air sont inexistantes et celles Air-Sol rares et vite éliminées, le profil des missions du TLP semble un peu anachronique.   En effet ici on forme des équipages à conduire de larges COMAO dans des environnements saturés en défenses air-sol et air-air.

En fait le principe général est qui peut le plus, peut le moins. Un équipage qui sait conduire une mission dans un environnement très dense, saura le faire bien évidement dans un environnement plus soft. Il n’est pas rare qu'au TLP, une mission menée en fin de session ne laisse qu’un unique avion «  survivant  ».

Par exemple durant cette session 2017-2 une mission fut montée ou les Red Air étaient composés de quatre Eurofighter et d’un Rafale, le tout guidé par un E-2C de la Marine Nationale. Une vraie difficulté, à des années lumières des Alphajet et M346 qui sont de vraies menaces en dogfight mais surement pas en BVR (combat au-delà des champs visuel).

2017-2 Course

Pour cette session 2017-2, les chasseurs-bombardiers étaient représentés par des Tornado italiens, des F-16 turcs et américains, et des 2000D et Rafale B de l’Armée de l’Air. La mission SEAD (Suppression of Enemy Air Defenses) était assurée par une paire de Tornado italiens armée de missiles HARM. La couverture aérienne étant assurée par des F-16 américains et des Eurofighter allemands. Enfin, comme expliqué précédemment, les «  bad guys  » étaient joués par des Rafale, Eurofighter, Alphajet et M346 italiens.  Enfin quelques missions mirent en avant la mission CSAR avec deux Caracal de l’Armée de l’Air.

Il est parfois surprenant d’assister à départ en mission du TLP, avec des décollages qui s’étalent sur un peu plus d’une heure. On peut se poser la question du rôle joué par ceux qui ferment la marche. En fait ces départs tardifs peuvent être de plusieurs natures. Soient ils permettent de maintenir une permanence aérienne sur zone des Red Air ou Blue Air. Soient ce sont des «  éléments perturbateurs  » et imprévus, injectés par les planificateurs de missions, comme par exemple des chasseurs qui viendraient à décoller d’une autoroute pour se mélanger à la mêlée.

Un fort accent américain

La vraie surprise de cette session fut la présence massive d’américains. Alors qu’il est courant de voir au TLP des appareils de l’USAFE, venant de Spangdahlem, Aviano ou bien encore Lakenheath, cette fois-ci la surprise était que ces F-16 venaient des Etats-Unis. Plus précisément de Hill AFB, une base en Utah, où sont stationnés habituellement les Fighting Falcon des 388th FW (unité d'active) et du 419th FW (réserve). Pas moins de 200 militaires de l’USAF avaient fait le déplacement pour assurer le fonctionnement et le soutien de huit machines.

Pour ces unités rejoindre l'Espagne offrait l'opportunité de voler dans un environnement inconnu, au côté de machines qu'ils ne croisent que très rarement, en appliquant des procédures  auxquelles ils ne sont pas habitués.

A noter que durant ce déploiement, le matin les américains effectuaient des missions locales en dehors de celles du TLP. En effet ceci permit de poursuivre la formation de jeunes pilotes, ce qui n’aurait pas été possible aux Etats-Unis durant un mois avec huit machines en moins.

Enfin ce déploiement restera à jamais le dernier réalisé par les F-16 de Hill AFB, car cette base est en pleine phase de transformation sur le nouveau chasseur de l'USAF, le F-35A.


Merci au LV «Nils» pour sa gentillesse, son efficacité et sa patience durant ce reportage