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Après des années de baisse continue du budget des armées, la France, à partir de 2015, à tout d'abord stoppé, puis souhaité inverser cette tendance. Mais ces années de baisse, outre le fait qu'elles ont très sensiblement diminué le format des forces, ont surtout vu une baisse nette des effectifs. Aussi la remontée en puissance commence par la formation de nouveaux personnels. C'est ainsi que la BA709 de Cognac est de nouveau un lieu stratégique pour former en plus grand nombre les futurs personnels navigants. Mais après le point bas atteint il y a quelques temps, il n'est pas facile de réamorcer la pompe dans l'autre sens, car cela nécessite des moyens et des hommes en nombre suffisant. Malgré tout la base aérienne de Cognac à travers une donnée brute montre toute son importance actuelle, en effet pas moins de 10% de l'activité aérienne militaire de l'Armée de l'Air provient de cette base.


L'EAN

Stationnée depuis 1961 sur la BA709 de Cognac, l'EPAA 315 (Ecole de Pilotage de l'Armée de l'Air) forme les futurs pilotes des forces françaises et de quelques forces étrangères. Après avoir mis en œuvre quelques machines mythiques comme le T-6 et le CM170 Fouga Magister, cette unité utilise depuis 1984 le TB30 Epsilon et le Grob 120 en complément depuis 2007. Mais en fait cette école n'est pas exclusivement dédiée au seul profit de l'Armée de l'Air.

En effet, installée discrètement au sud des installations, dans un bâtiment devant lequel trône fièrement une ancre marine, se trouve l'EAN ou l’École de l'Aéronautique Navale. C'est ici que les élèves marins après Lanvéoc et Salon de Provence, poursuivent leur formation pour devenir pilotes  au sein de la Marine Nationale.

Composé d'environ 110 personnels permanents répartis sur plusieurs sites, cette petite structure a un fonctionnement bien particulier, adossé à chaque base d’implantation (Dax, Le Luc, Salon de Provence, Cognac, Avord, Whiting Field et Meridian pour la formation des pilotes, Salon de Provence pour les formations des ingénieurs de l’aéronautique navale et Rochefort pour la formation des techniciens aéro).

L'aventure continue pour les élèves

Après avoir quitté l’EIP/50S, les élèves orientés pour un cursus avion (à l’exception du cursus full US), rejoignent tout d’abord la base de Salon de Provence. Sur la BA701, ils réalisent 25 heures de vol sur SR20 et obtiennent l’ATPL A théorique.

Après cette étape, ils rejoignent enfin la BA709 de Cognac où leur carrière va prendre un sérieux coup d’accélérateur. C’est en effet ici, à l’issue du tronc commun, qu’ils seront orientés vers une formation spécifique chasse ou transport.

Le tronc commun dure environ cinq mois et comprend une quarantaine d’heures de vol sur Grob 120. Au cours de cette période les instructeurs et le commandement de l’EAN vont s’efforcer d’approfondir les aptitudes de chaque élève, pour orienter les candidats vers une des deux grandes filières, en fonction des besoins opérationnels. A l’issue du tronc commun, les futurs chasseurs poursuivent leur formation charentaise exclusivement sur TB30, alors que les futurs transporteurs le font sur Grob 120. Après avoir quitté Cognac, les chasseurs partent pour les États-Unis, et les transporteurs à  Avord. Les jeunes pilotes de la marine suivent exactement le même cursus, même si la marine préfère parler de cursus multi moteurs que de transporteur.

Durant leur apprentissage à Cognac, les jeunes vont effectuer de la voltige, du vol en formation, du vol de nuit, ou bien encore de la navigation à basse altitude. Cette dernière discipline, lors des premières missions, sort généralement de leur zone de confort les jeunes pilotes. Comme le disent les jeunes, alors qu’ils maîtrisent de mieux en mieux le vol et ont le sentiment de voler « devant l’avion », d’un coup avec la navigation à basse altitude ils ont le sentiment « de s’accrocher à la dérive » de leur avion !

Les moniteurs

En mars 2017, il y avait cinq instructeurs marine à Cognac, dont le commandant de l’EAN et son second. Ce nombre d’instructeurs est généralement adapté en fonction du nombre d’élèves à former. La Marine a un protocole d’accord avec l’Armée de l’Air. Celui-ci lui impose notamment d’avoir au moins deux instructeurs pilotes de chasse à la qualification de sous-chef de patrouille, pour le cursus de formation chasse.

Traditionnellement, les nouveaux instructeurs arrivent en septembre de chaque année, puis rejoignent durant trois ou quatre mois le centre de formation des instructeurs pilotes (EFIP). Dans ce centre, ils apprennent les bases standardisées du métier d’instructeur, et en particulier la pédagogie à adopter. Il est à noter que les instructeurs de la Marine forment aussi bien de jeunes marins que de jeunes aviateurs. De la même manière les instructeurs de l’Armée de l’Air forment sans distinction des marins et des aviateurs. Un instructeur ne se voit pas assigner le même élève tout au long de leur formation. En revanche, les élèves sont parrainés par un instructeur dédié pour les premières missions d’instruction. Ceci a pour but de lancer la formation d’un jeune pilote sur de bonnes bases, de responsabiliser et de motiver les instructeurs en individualisant le début de formation. Il n’est jamais agréable pour un moniteur, de recevoir de la part de ses pairs, une remarque sur le niveau initial de «  son  » élève  !

Le fait d’avoir une population d’instructeurs provenant de deux univers différents (chasse et patrouille ou surveillance maritime), permet aussi d’offrir aux jeunes une formation avec des sensibilités et appréciations différentes, ce qui représente une richesse.

A l’EAN, les moniteurs volent en moyenne 220 heures par an (120 pour le commandant de l’unité), auxquelles il faut rajouter les briefings, les débriefings, les simulateurs ou les cours sur les principes de pilotage au profit des nouvelles promotions, et bien sûr, les responsabilités du poste occupé.

Une gestion très fine

Tout au long du cursus à Cognac, le commandant de l’EAN reste en étroite collaboration avec le bureau formation de la marine et surtout le bureau gestion pilote de la marine afin d’adapter au mieux les besoins de la marine avec le potentiel et la motivation des élèves. Ceci permet à ces derniers de ne pas se brider dans leurs progressions, et de continuer à donner le meilleur d’eux-mêmes pour atteindre les objectifs.

Au bilan, les micros flux d’élèves dans chaque filière, permet de gérer au mieux les besoins des forces avec les ressources disponibles, ce qui s’apparente quasiment à de la formation individualisée. Si l’on prend l’exemple de la 4F, celle-ci n’a que six pilotes qualifiés sur E-2C Hawkeye. En  moyenne, un pilote n’est injecté dans la filière que tous les 2 ans. Il s’agit de la filière de formation pilote la plus longue. Lors de l’orientation Cognac, il est donc crucial de choisir le candidat qui a les meilleures chances de réussite pour ce long et difficile cursus. A savoir celui qui réunira les qualités techniques, mais aussi humaines (sens du contact, maturité, autonomie…) et dont on est sûr de la motivation et du niveau d’anglais. Perdre ce jeune en cours de formation aux États-Unis pourrait ensuite perturber le fragile équilibre en flottille.


L'avenir proche

Avec la mise en place du programme FOMEDEC (Formation modernisée et entraînement différencié des équipages de chasse) à partir de l’été 2018, des changements dans les cursus pilote de l’armée de l’air vont intervenir, notamment à Cognac. Cela touche donc aussi les marins de l’EAN.

Les futurs chasseurs air et marine voleront sur le tout nouveau PC21 à l’issue de l’orientation en chasse. En revanche, à la différence de leurs camarades de l’Armée de l’Air, les futurs chasseurs marins ne suivront que la phase initiale sur le pilatus. La nécessaire qualification à l’appontage imposera toujours de poursuivre la formation chasse aux Etats-Unis sur T-45, avion qu’ils devront initialement prendre en main. C’est pourquoi les marins à vocation chasse rejoignent la base école de l’US Navy à Méridian sur Goshawk, pour y effectuer le cursus de niveau intermédiaire, puis de niveau avancé, avant d’effectuer leurs 10 vols de qualifications à l’appontage et d’obtenir leur précieux macaron de pilote de chasse embarquée.

Autre évolution décidée  : la phase pré spécialisation transport, à l’issue du tronc commun, va fusionner avec la phase 3 à Avord sur Xingu, ce qui va avoir pour avantage de diminuer les temps de formation.

Merci au pacha de l’EAN ainsi qu’à tous les marins croisés durant ce reportage pour leur accueil.