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L'opération Unified Protector au dessus de la Libye en 2011 a prouvé le bien fondé des nombreux exercices multinationaux réalisés au profit de la communauté des chasseurs. Pour l'aviation de combat, travailler dans le cadre d'une coalition internationale est quelque chose de commun voire de naturel. A l'inverse, il apparut durant cette opération majeure qu'il n'en était pas de même pour la communauté du ravitaillement en vol. En effet, on s'aperçut qu'aucun exercice dédié n'existait pour cette mission, et cela pût poser quelques problèmes opérationnels. C'est ainsi qu'en 2012 fut tiré la conclusion que le ravitaillement en vol présentait un déficit capacitaire en Europe.

Pour palier à cette situation l'European Defense Agency lança une réflexion qui a conduit en 2014 à la tenue du premier EART (European Air Refueling Training) à Eindhoven aux Pays-Bas sous l'égide de l'EATC (European Air Transport Command).

Pour cette quatrième édition, étaient présents des KDC-10 hollandais, A310MRTT allemand, KC-767 italien et C-135 français. Preuve de l'intérêt pour l'EART, les hollandais faisaient participer tous leurs équipages de tanker, les allemands trois, et la France et l'Italie, chacune deux.


Les objectifs de l'EART

Cet entraînement poursuit de nombreux objectifs  :

  1. Tout d'abord former les équipages, et les personnels de soutien, aux procédures et à la mise en œuvre des méthodes de remise en œuvre rapide des avions. Ceci afin de fournir en opérations un soutien et une permanence sur zone plus importante des ravitailleurs

  2. Proposer durant les deux semaines d'entraînement une opportunité unique de réaliser des missions de ravitaillement en vol au sein d'un grand exercice aérien multinational. En effet l'EART profite du Frisian Flag, le grand exercice annuel du printemps qui se déroule plus au Nord à Leeuwarden, ou se trouve plus d'une quarantaine de chasseurs provenant de différentes forces aériennes de l'OTAN.

  3. Offrir tout au long des deux semaines une difficulté croissante dans les missions à réaliser. En commençant par des missions simples et isolées jusqu’à de grosses COMAO avec un grand nombre d'avions différents à soutenir.

  4. Pratiquer des rendez-vous classiques avec une meute assoiffée de chasseurs, mais aussi des rendez-vous entre tankers, avec vols en formation très rarement pratiqués.

  5. S’insérer dans un large exercice aérien avec une forte utilisation de la Liaison 16, dans un espace saturé sous la surveillance étroite d'AWACS et du CRC (Control and Reporting Center).


Des missions particulières

Durant l'European Air Refueling Training, les équipages réalisèrent des missions qu'ils ne pratiquent que très rarement, voire jamais en unité.

Une des plus spectaculaires est celle du vol en formation serrée pour les ravitailleurs.

Lors des premiers jours d'un conflit de moyenne ou forte intensité, il peut être nécessaire d'obtenir un effet «  push  » d'un gros strike de chasseurs, en gros, concentrer une grande force en un point unique au même moment. Si les ravitailleurs sont éparpillés dans un grand espace aérien, cela nécessitera ensuite que les chasseurs perdent un temps précieux à rassembler, et au pire n'arrive pas à obtenir le fameux «  push  » désiré.

Aussi pour résoudre ce problème, les tankers doivent être concentrés tous au même endroit. Espacés les uns des autres de seulement un nautique avec un étagement maximum de 500 pieds  ! Pour des forces aériennes tel que les Pays-Bas avec une flotte de deux ravitailleurs dont un seul est en permanence disponible, ce genre d'entraînement est de facto impossible à réaliser. C'est là qu'intervient l'EART qui offre la possibilité de réaliser ce genre de vol en formation. Outre l'aspect purement technique de la manœuvre, il faut aussi vaincre quelques réticences des équipages qui ne sont pas toujours enthousiastes à l'idée d'effectuer ce genre de vol en formation qui peut leur sembler dangereux. Sans parler des contrôleurs aériens qui redoutent de faire voler si près les uns des autres des avions chargés ainsi de kérosène.

En France le dernier vol en formation de ce genre remontait à 2002 avec la participation de quatre Stratotanker.

Une autre mission inhabituelle menée durant l'EART fut celle de SAR/PR (Search And Rescue / Personnal Recovery). Ce scénario consistait à récupérer un pilote tombé dans la Mer du Nord après une éjection. Cet entraînement mettait à contribution le centre de contrôle aérien de Nieuw Milligen, ainsi que le centre de contrôle des Gardes Côtes de Den Helder. Les moyens aériens étaient conséquents avec un ravitailleur, un Dornier des Gardes Côtes, ainsi qu'un NH90 SAR. Au sein du tanker prenait place l'Airbone Mission Commander ainsi que le On Scene Commander. Plus clairement tous les coordinateurs aériens se trouvaient dans le ravitailleur.

Mission en KC-767

En ce matin de fin mars nous embarquons sur le KC-767 MM62228 du 14° Stormo de l'Aeronautica Militare Italiana. Cette unité qui est stationnée à Pratica di Mare met en œuvre quatre tankers. Ces machines sont dérivées du Boeing 767-200ER, mais sont malgré tout assez éloignées du futur KC-46 de l'US Air Force.

Le KDC-10 de la KLu est cassé, tout comme le KC-135 français, aussi pour cette mission seuls les ravitailleurs italiens et allemands sont disponibles, ce qui bouleverse le profil de la mission du Frisian Flag. Aussi notre mission ne concernera le ravitaillement que de quatre Mirage 2000D de l'Armée de l'Air. Notre vol «  GULF43  » prend la direction d'un des deux hippodromes au dessus de la Mer du Nord au large de Leeuwarden. Nous orbitons depuis une quinzaine de minutes quand les 2000D nous rejoignent. Spectacle saisissant que de voir ces chasseurs d'une quinzaine de tonnes se rapprocher si près de l'aile de notre avion pour enquiller le panier qui a été déroulé d'une des deux nacelles spécialement dédiées au système probe and drogue. Tous les gestes sont précis et mesurés. Dans ce tanker toute la séquence de ravitaillement est contrôlée depuis une large console derrière le cockpit ou les boomers gèrent tout le ravitaillement à l'aide d'écrans renvoyant les images captées à l'extérieur de l'avion par des caméras. Un observateur américain, habitué à la baignoire archaïque du KC-135, ne perd pas une miette de la manœuvre, confortablement assis. Enfin après une petite vingtaine de minutes, nos deltas nous quittent pour retourner dans la mêlée du Frisian Flag. Il est temps pour nous de retourner à Eindhoven.


Un avenir qui passe à la vitesse supérieure

A partir de 2018 l'EATC souhaite introduire une certification reconnue par et pour les participants à l'EART.

D'autre part, avec la possibilité qu'il n'y ait plus de Frisian Flag en 2018 et 2019, l'EATC cherche des exercices aériens d'ampleur en Europe sur lesquels «  pluguer  » l'EART. Les futurs  European Air Refueling Training devraient voir aussi la participation d'autres forces aériennes, au premier rang desquelles l'US Air Force.

Enfin comme la priorité de la mission du ravitaillement est parfaitement intégrée par un grand nombre d'acteurs, il se pourrait, pour répondre à la demande toujours plus croissante de formation, que l'EATC instaure deux sessions annuelles d'EART.