index.html

Pour faire défiler les images, cliquez à gauche ou droite, pour fermer l’image cliquez au centre de celle-ci

Pour la seconde année consécutive, la base aérienne 115 d’Orange-Caritat a accueilli durant quatre semaines un fort contingent de la Kongelige Danske Flyvevåbnet (force aérienne royale danoise). En effet du 13 janvier au 10 février pas moins de dix F-16 en provenance de la base de Skrydstrup et environ 110 personnels prirent leurs quartiers d’hiver en Provence.


Naissance de Winter Hide

Au fil des ans les responsables de la Flyvevåbnet se sont rendus compte que presque systématiquement au cours des mois de janvier et février, plus de la moitié des missions planifiées au Danemark étaient annulées pour des raisons météorologiques comme la neige, la glace, ou bien encore le brouillard. Aussi afin de remédier à cette situation très pénalisante d’un point de vue opérationnel, en 2007 la force aérienne danoise a décidé de migrer dans le Sud de l’Europe où la météo est habituellement plus clémente en cette période de l’année. Au fil des ans les déploiements se déroulèrent à Monte Real au Portugal ou bien encore Grossetto en Italie. En 2016, les danois prirent la direction du sud de la France et plus particulièrement la base d’Orange. Ce déploiement ayant été concluant à leurs yeux, en 2017 la Royal Danish Air Force renouvela l’expérience.

Pourquoi les danois migrent-ils en France?

Tout d’abord la force aérienne de combat danoise se compose d’une petite trentaine de F-16 MLU, soit un format bien plus petit que celui de l’Armée de l’Air. Ainsi venir en France permet de s’entraîner lors de missions aux scénarios plus complexes et aux moyens mis en œuvre bien plus conséquent. Par exemple en 2017, les danois purent se joindre à des missions faisant partie de l’exercice Volfa qui se déroulait en même temps à Mont-de-Marsan.

Venir à Orange leur offrit la possibilité de conduire des missions DACT (Dissimilar Air Combat Training) durant lesquelles les Mirage 2000 de l’EC 2/5 jouaient les Red Air, et donc s’aguerrir au combat aérien en se frottant à une unité passée maîtresse dans cet art.

Rejoindre le sud de la France permit aussi aux danois d’évoluer dans des reliefs montagneux (Alpes, mais surtout Massif Central) qui sont complètement inconnus chez eux.

S’entraîner au côté de l’Armée de l’Air leur permit aussi de se frotter à des machines (Mirage 2000, Rafale, Alphajet) complètement différentes des leurs, ce qui n’était pas le cas lorsqu’ils prenaient leurs quartiers d’hiver au Portugal par exemple, et ou une nouvelle fois les F-16 se frottaient à des F-16.

Enfin, allié très fiable, et très impliqué sur les théâtres d’opérations du Moyen-Orient (opération Inherent Resolve depuis Incirlik en Turquie), venir en France permit aussi à ces deux armées de l’air de parfaire leur connaissance mutuelle l’une de l’autre et de renforcer encore un peu plus des liens noués en Opex.

Preuve de l’importance de ce déploiement pour la Kongelige Danske Flyvevåbnet, dans son détachement, un petit nombre de personnels étaient des JTAC qui guidaient aussi bien des avions danois que français.

Afin que Winter Hide profite au maximum, au milieu des quatre semaines de déploiement il y eut une rotation des personnels, les pilotes du 727 Esk (escadron) prenant le relais de ceux du 730 Esk. Tous les pilotes des unités étaient impliqués, du jeune tout frais qualifié aux Etats-Unis sur F-16, au pilote à près de 4000 heures de vol.

Gagnant-gagnant pour l'Armée de l'Air et l'EC 2/5 Ile de France

Si ce déploiement se conclut au niveau des états-majors respectifs, le déroulement en est laissé à la discrétion des opérationnels.

Pour l'Armée de l'Air la venue des danois fut très intéressante, car cela permit de mener des missions communes avec des partenaires de très haut niveau, qui plus est équipé de machines de grande qualité, en effet les modernisations successives apportées au F-16 font que ce chasseur reste encore aujourd'hui une référence. Les appareils danois mettaient ainsi en œuvre un pod de désignation de référence (LANTIRN), la liaison de données L16, ainsi qu'un viseur de casque.

Le déploiement de la  Kongelige Danske Flyvevåbnet comprenait aussi un volet ravitaillement en vol auprès des C-135 de l'Armée de l'Air, celle-ci profitant de l'aubaine pour requalifier ses opérateurs de ravitaillement au système «  boom and receptable  ».

En ce qui concerne l'EC 2/5 Ile de France, ces quatre semaines furent extrêmement profitables. La première semaine l'escadron participa aux FAM Days, les vols de familiarisation permettant aux danois de découvrir la plateforme, l'environnement ainsi que les procédures en usage en France.

Ensuite la présence de ces dix F-16 permit par exemple à l'Ile de France de mener des missions au profit d'un de ses pilotes qui préparait sa qualification de chef de patrouille. En effet, plutôt que de solliciter quatre Mirage 2000, il était possible de mener ces missions en des formations mixtes de Mirage 2000 et F-16, tout en offrant à l'élève une dimension internationale à sa mission.

Le 2/5 participant dorénavant à Barkhane (avec deux avions et trois pilotes), mais dans un rôle d'appui sol, il est nécessaire de qualifier ses pilotes à larguer des bombes d'exercice sur le champ de tir de Captieux. Mais pour ce faire, l'unité doit faire appel régulièrement à des 2000D, Rafale ou JTCA pour illuminer la cible, car le Mirage 2000C ne bénéficie pas de cette capacité. Avec les danois à Orange, l'Ile de France pouvait planifier directement ces missions avec un de ses hôtes qui jouait le désignateur.


Enseignement

Preuve de l’importance qu’a revêtu ce déploiement pour la Kongelige Danske Flyvevåbnet, le mardi 31 janvier ce furent le prince héritier Frederik et le CEMA danois qui se déplacèrent en Provence pour se faire présenter le dispositif

La Royal Danish Air Force, qui est dans une phase de régénération après des années d’Opex, semble vouloir pérenniser ce déploiement à Orange, même si l’arrivée du F-35 au Danemark d’ici 2020 pourrait quelque peu contrecarrer ses plans avec une priorité donnée à l’intégration de cette nouvelle machine dans les forces.

En tout cas les opérationnels danois (tout comme les français) semblent parfaitement apprécier cette migration hivernale dans le Sud, et pas que pour le volet aéronautique (354 sorties et 471 heures de vol), mais aussi pour la camaraderie, la gastronomie, les vins, ou la possibilité d’aller skier lors des journées off…


Merci au commandant en second du grand 2/5 pour son accueil, merci aussi au patron de l’Esk 727 pour sa disponibilité. Enfin à merci à tous les personnels croisés durant ce reportage.