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Du 8 au 20 avril 2018 s'est tenue sur la base aérienne d'Eindhoven aux Pays-Bas, la cinquième édition de l'EART (European Air Refuelling Training).

En 2012 des conclusions furent tirées de l'opération Unified Protector de 2011 au dessus de la Libye, celles-ci pointaient un vrai déficit capacitaire du ravitaillement en vol au sein des forces aériennes européennes, mais aussi qu'il manquait des procédures techniques et communes aux différents utilisateurs. Après une première édition 2014 réussie, le concept évolua rapidement avec des avancées majeures apportées durant chaque nouvelle édition. Ainsi si 2015 fut l'édition de la consolidation, celle de 2016 entérina l'élargissement aux pays non membres de l'EATC (European Air Transport Command), en 2017 se fut la mise en place des premières procédures certifiantes. Enfin pour cet entraînement 2018 on vit l'introduction de certifications avancées, et la première participation  - avec des avions - de pays non-membres de l'EATC, dans le cas présent avec un KC-135 de l'USAFE.


Plusieurs objectifs poursuivis pour EART 2018

Cet entraînement se structurant un peu plus chaque année, pour cette édition 2018 deux buts principaux étaient poursuivis  :

  1. Vol de tankers en formation serrée

Lors des premiers jours d'un conflit de moyenne ou forte intensité, il peut être nécessaire d'obtenir un effet «  push  » d'un gros strike de chasseurs, en gros, concentrer une grande force en un point unique au même moment. Si les ravitailleurs sont éparpillés dans un grand espace aérien, cela nécessitera ensuite que les chasseurs perdent un temps précieux à rassembler, et au pire n'arrive pas à obtenir le fameux «  push  » désiré.

Aussi pour résoudre ce problème, les tankers doivent être concentrés tous au même endroit. Espacés les uns des autres de seulement un nautique avec un étagement maximum de 500 pieds  ! Pour des forces aériennes tel que les Pays-Bas avec une flotte de deux ravitailleurs dont un seul est en permanence disponible, ce genre d'entraînement est de facto impossible à réaliser. C'est là qu'intervient l'EART qui offre la possibilité de réaliser ce genre de vol en formation. Outre l'aspect purement technique de la manœuvre, il faut aussi vaincre quelques réticences des équipages qui ne sont pas toujours enthousiastes à l'idée d'effectuer ce genre de vol en formation qui peut leur sembler dangereux. Sans parler des contrôleurs aériens qui redoutent de faire voler si près les uns des autres des avions chargés ainsi de kérosène.

  1. Ravitaillement en vol entre tankers.

Selon la même problématique que pour le vol en formation serrée, avec une petite flotte de ravitailleurs, pratiquer ce genre d'entraînement est tout simplement impossible. Aussi l'EART permet de réaliser ce genre de manœuvre.


Malheureusement, ces objectifs ne purent être atteints pour une raison très simple. Cette édition 2018 manqua simplement et cruellement de participants...En effet alors que de nouveaux soubresauts secouaient la Syrie; la France, l’Angleterre et les Etats-Unis se préparaient à frapper ce pays. Aussi toutes les capacités en ravitaillement en vol furent rappelées en urgence dans les forces. Démonstration in situ de l'importance cruciale de cette capacité pour toute opération aérienne moderne.


Mission ravitaillement

Ce matin, nous avons rendez-vous à Eindhoven au sein des locaux flambants neufs de l'EAT pour la présentation du déroulement de notre mission. Celle-ci consistera à ravitailler des chasseurs lors de la seconde mission quotidienne du Frisian Flag. Notre avion pour ce vol est un Airbus A310MRTT de la Lufwaffe du FBS stationné à Köln-Bonn. En fait cette machine codée 10+27 a tout d'abord connu une carrière civile d'une petite dizaine d'années au sein de la compagnie Lufthansa, avant d'être convertie en MRTT et de rejoindre la force aérienne allemande au tournant des années 2000.

Deux hippodromes sont utilisés durant Frisian Flag, SHELL juste au Nord de la Frise aux Pays-Bas, et ESSO à l'Ouest du Danemark. Nous orbiterons aujourd'hui sur ESSO. Du fait de la configuration de notre machine avec seulement deux pods en bout d'aile et pas de boom central, nous ne pourrons pas ravitailler les chasseurs de type F-15 et F-16, nous nous concentrerons sur ceux utilisant le système probe and drogue. Après une petite demi-heure de transit depuis Eindhoven, nous commençons à orbiter sur notre hippodrome. Notre équipage nous informe rapidement que nous allons étancher la soif d'une meute d'Eurofighter allemands, et de Rafale français, super  !

Puis tout s'enchaine rapidement dans une chorégraphie parfaitement réalisée, les chasseurs à ravitailler se calent dans notre aile gauche, puis chacun joue sa partition en glissant qui vers le pod gauche, qui vers le pod droit. Ces manœuvres sont toujours aussi spectaculaires à admirer, et on ne se lasse pas de la dextérité des équipages pour se caler dans l'aile de notre gros biréacteur. La proximité inhabituelle des avions de combat avec notre tanker ne cesse d'étonner. La sécurité est omniprésente partout, même pour les passagers qui sont invités à respecter des règles strictes lors du ravitaillement.

Après que la meute se soit éloignée, notre équipage nous informe qu'un autre bloc de chasseurs devrait nous rejoindre pour régénération dans le cadre de la mission du Frisian Flag. Malheureusement le KDC-10 qui ravitaille les autres chasseurs, rencontre un petit problème technique et doit annuler la seconde phase de ravitaillement, de facto ceci annule aussi la poursuite de notre mission. Il est temps de retourner à la base.

Malgré tout, cette mission a été extrêmement profitable à tous les acteurs.

Une flotte en évolution


Actuellement l'EATC possède une flotte de 19 ravitailleurs assez hétéroclite de deux A310MRTT, quatre KC-767, deux KDC-10, huit KC-130 et enfin trois Transall. Soit seulement huit machines aux capacités stratégiques. Les KC-135 français étant à la disposition prioritaire des FAS, ceux-ci ne sont pas mutualisés dans le pool de l'EATC.

Mais ceci devrait changer rapidement avec l'acquisition mutualisée et signée par six partenaires (Benelux, Allemagne, Norvège et Espagne) de onze A330MRTT. La France a commandé de son côté 15 machines de ce type, dont peut-être une partie sera mise à disposition de l'EATC. Enfin l'A400M offrira aussi bientôt une capacité de ravitaillement. Au final l'avenir du pool ravitailleurs de l'EATC semble radieux.


Le futur de l'EART passe par la France  ?

Il semble que cet entraînement soit dorénavant bien ancré dans les mentalités, et il devrait continuer à grandir au fil des années. Cela consistera dans un premier à achever l'implémentation de la plateforme de e-learning, ceci permettant aux participants d'arriver à l'EART en ayant déjà des connaissances solides sur les procédures à appliquer. La complexité des missions devraient aller en augmentant. Enfin pour 2019, l'EATC souhaiterait que se déroule deux sessions d'EART, la première serait une nouvelle fois connectée au Frisian Flag aux Pays-Bas, la seconde devrait profiter soit d'Ocean Sky en Espagne, soit de Volfa en France.