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Pour tous les passionnés d'aviation militaire, le Japon ressemble un peu à la terre promise, avec une belle diversité de machines, une grosse activité, des camouflages sympas et une culture du spotting très répandue et bien tolérée. Au milieu de cet univers, une base représente un peu le «  joyau de la couronne  », c'est celle de Hyakuri, la dernière base aérienne japonaise à mettre en œuvre de façon opérationnelle le F-4 Phantom (Gifu en possède quelques uns mais pour tests et développements).


Un peu d'histoire

C'est en novembre 1968 que la JASDF passa commande de F-4 Phantom. Les deux premières machines construites par McDonnell-Douglas volèrent en 1971, et le premier appareil assemblé par Mitsubishi vola en 1972. Désigné F-4EJ, cette version du Phantom différait quelque peu des F-4E traditionnels. En effet la constitution japonaise imposant à ses forces armées une simple posture défensive, les équipements à vocation offensive comme le système de bombardement furent démontés tout comme la capacité de ravitaillement en vol. Le Japon reçu 154 avions, dont le dernier fut livré en 1981, quatorze d'entres eux étaient des RF-4EJ. A la fin des années 1980, 96 Phantom survivants furent upgradés, ils prirent le nom de F4EJ Kai. En cette occasion les avions récupérèrent la capacité de ravitaillement en vol, et le radar AN/APQ-99 fut remplacé par l'AN/APQ-172. Dix-sept machines ne furent pas retrofitées en F-4EJ Kai mais converties en RF-4EJ, une version de reconnaissance facilement identifiable au bossage caractéristique sous le nez pour le canon Vulcan (mais retiré). Aucun équipement de reconnaissance n'est monté à demeure dans la cellule.

A fin 2018, vingt trois machines avaient été perdues.

Dans l'antre du Phantom

La manière de fonctionner d'une base aérienne japonaise et plus particulièrement celle de Hyakuri diffère légèrement de ce qui se déroule habituellement en Europe. Tout d'abord l'activité démarre relativement tôt. En effet les premiers grondements de moteurs se font entendre vers 7 h30, ils proviennent généralement du sud-est de la base, plus précisément des hangars où sont positionnés les deux Phantom tenant la PO (permanence opérationnelle ou QRA en anglais). Ces deux appareils, pour s'assurer qu'ils sont prêts à tenir leur mission, vont jusqu'au seuil 03, puis enclenchent la PC, lâchent les freins, et parcourent environ 500 mètres avant de tout couper. Ensuite, à allure réduite, ils remontent la piste jusqu'à une bretelle au milieu de celle-ci, puis ils empruntent le taxiway pour retourner se tapir au fond de leur hangar. Cette manière de fonctionner est assez commune, car il n'est pas rare de voir durant la matinée des machines effectuant ainsi quelques runs avant de retourner au parking.

Au Japon, les machines qu'il est prévu de faire voler sont disposées le matin sur le parking par les ground crews. Aussi dès 8 h du matin c'est à un véritable ballet chorégraphié auquel on peut assister. Les portes des hangars sont ouvertes, puis une noria de véhicules et de tracteurs vient extraire des bâtiments les appareils qui effectueront des missions dans la journée. Pour les passionnés c'est un peu le moment de vérité qui donne une solide information sur l'activité du jour. Lors de nos différentes visites sur la base, l'activité fluctua énormément, avec des journées au cours desquelles une petite quinzaine d'appareils volèrent, et d'autres ou plus de vingt-cinq avions prirent part aux vols. Il n'est pas rare qu'il y ait quatre tours quotidiens et éventuellement un cinquième de nuit. Comme il est de tradition ici, les escadrons volent entre eux. A Hyakuri, avec la déflation du parc, les Hikotai volent généralement par deux, plus rarement par quatre, auquel il faut systématiquement ajouter un ou deux T-4 rattachés à l'unité. Ces petits biréacteurs servent au vieillissement des pilotes et à la liaison, mais aussi de plastrons au profit des Phantom.


Même si les F-4EJ des 301 et 302 Hikotai sont superbes, il faut avouer que l'escadron le plus photogénique est le 501 Hikotai «  Woody Woodpecker  ». Déjà cette unité dédiée à la reconnaissance met en œuvre deux types de machines, à savoir des RF-4E (les derniers dans le monde) et des RF-4EJ, mais surtout ils portent des camouflages tous plus impressionnants les uns que les autres. Les RF-4EJ sont affublés d'une robe à base de plusieurs de tons de vert foncé qui n'est pas sans rappeler le camouflage European One de l'USAF dans les 80's-90's. Les RF-4E quand à eux portent un camouflage de type South East Asia de l'USAF des 60's-70's. Enfin trois RF-4E à la mission centrée au-dessus de la Mer de Chine portent un sublime camouflage à plusieurs teintes de bleu!


La «  phin » est proche

Mais il faut bien l'avouer, à l'heure des chasseurs de cinquième de génération qui apparaissent un peu partout dans le monde, cette machine ressemble de plus en plus à un dinosaure. D'autre part avec l'arrivée rapide et massive des F-35 au sein de la JASDF, notamment à Misawa, les jours du Phantom au Japon sont comptés. En mars 2019, le 302 Hikotai sera transféré à Misawa pour faire sa transformation sur F-35A, mais abandonnera ses F-4EJ. Ensuite d'ici mars 2020 ça sera le 501 Hikotai avec ses avions de reconnaissance qui sera dissous. Enfin l'histoire prendra définitivement fin en mars 2021 avec la dissolution du 301 Hikotai  ! La base aérienne de Hyakuri devrait quant à elle voir arriver en 2020 un escadron de F-2A, le 3 Hikotai en provenance de la base de Misawa.

Avec la fin du F-4 au Japon, le célébrissime biréacteur de McDonnell-Douglas deviendra une espèce en voie de disparition avec encore quelques exemplaires en service en Grèce, Turquie, Egypte, Iran et Corée du Sud, peut-être pas les pays les plus accessibles pour venir admirer le «  Rhino  »