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Stationnée sur la Base Aéronautique Navale de Lanvéoc-Poulmic, à l’extrême sud-ouest du Finistère, la Flottille 34F est la dernière unité opérationnelle de la Marine nationale à mettre en œuvre le vénérable Lynx (une machine est mise en œuvre par le CEPA à Hyères).

Cette unité, créée en septembre 1974 sur la BAN de Saint-Raphael, fut tout d'abord équipée d'Alouette III. En janvier 1975 la 34F déménagea sur sa plateforme bretonne actuelle.

1979 marqua l'arrivée des premiers Lynx au sein de la Flottille. L'entrée en service de cet hélicoptère conçu pour l'embarquement sur des bateaux de combat, permit de créer avec les frégates F67 (classe Tourville) et F70 (classe Georges Leygues) un redoutable binôme de lutte anti-sous-marine.

Mais après quarante ans de service actif au sein de l'Aéronavale, le Lynx se trouve au crépuscule de sa carrière.


Les missions de la 34F

Le spectre des missions de la flottille est large et celles-ci sont nombreuses et variées.

La principale, qui est aussi la raison d'être du Lynx, est la lutte anti-sous-marine aussi bien offensive que défensive. Cette mission, hors entraînement, représente environ 30% du total des heures de vol de la 34F.

Puis dans le désordre viennent, la lutte anti-surface (désignation d'objectifs au profit de bateaux), les missions anti-piraterie, l'actions de l'Etat en mer (lutte contre le narco-trafic, sauvetage en mer, contrôle des flux migratoires, etc...). Mais aussi le travail au profit des Commandos marine dans le domaine aéromaritime, la logistique (transport de charges jusqu'à 800kg), ou bien encore le treuillage sur les bateaux.

Enfin une dernière partie des missions est réservée aux vols d'entrainements des équipages.

Le Lynx

Machine à l’esthétique particulière, mais non dénuée de caractère, le Lynx est connu pour être solide,  très puissant grâce à ses deux turbines de plus de 1000 chevaux, mais aussi rapide en croisant entre 120 et 150 nœuds. La contrepartie de ceci est que c'est aussi un hélicoptère nerveux voire brutal, et avec son rotor anti-couple (RAC) légèrement sous-dimensionné, il n'est pas un appareil facile à piloter. Sous certaines conditions de vent il est difficile à tenir, le Lynx «  gigote  » beaucoup, aussi il nécessite une vraie dextérité. Enfin, étant une machine ancienne, elle est très peu assistée, et donc presque toutes les phases de vol doivent être réalisées à la main.

Aussi pour les jeunes pilotes, cet hélicoptère représente un vrai défi et suscite quelques appréhensions. Mais avec l'aide des moniteurs, et des pilotes expérimentés de la Flottille, le jeune va apprendre petit à petit à dompter le félin, et se forger au fil des ans une solide expérience aéronautique qui lui sera profitable tout au long de sa carrière au sein de la Marine.

Le biturbine de Westland a évolué tout au long de sa carrière, mais les deux dernières modernisations ont eu un réel impact sur ses capacités opérationnelles. Ce fut tout d'abord au tournant des années 2010 que le Lynx troqua sa torpille Mk 46 pour la beaucoup plus moderne MU90. La nouvelle torpille, bien plus moderne et intelligente a de facto augmenté de manière sensible la létalité du Lynx lors des missions de lutte ASM.

L'autre grand chantier, achevé en 2017, fut le programme «  Lynx OACI  ». Celui-ci consista à ajouter un poste HF, à installer un nouveau poste UHF qui permit entre autre de faire de la Liaison 11. La console tactique fut modernisée et offrit la possibilité de fusionner les données de l'AIS (Automatic Identification System) de la L11 et des images issues de la boule FLIR. Les Lynx retrofités sont facilement identifiables à leur antenne blanche à l'arrière gauche du fuselage.

L'age de ses artères

En fin de vie, le Lynx nécessite un peu d'attention pour continuer à assurer son contrat opérationnel. Pour se faire, la 34F possède environ 70 techniciens de différentes spécialités.

Une vingtaine sont des «  porteurs  » c'est à dire qu'ils s'occupent de la maintenance de la cellule et des moteurs, une dizaine sont des «  avioniques  », une autre dizaine travaillent en piste, six sont des techniciens armements, cinq sont dédiés aux visites annuelles, quatre sont rattachés au BMN (Bureau Maintien Navigabilité), le reste se répartit entre le magasin, les responsablesdes groupes et tracteurs de pistes, et enfin les techniciens contrôleurs.

La maintenance se divise en deux grandes familles, les visites calendaires (hebdomadaires, annuelles), et les visites horaires (le 1er pas est 25 heures, puis 50h, 100h, 150h, 200h et enfin 400h). Tous ces travaux d'entretiens sont effectués au sein de la flottille à Lanvéoc. La Grande Visite (V2N ou Visite 2e Niveau) s'effectue quand à elle tous les 9 ans au sein de l'AIA de Cuers.

Avec le retrait progressif des plus anciens lynx, la 34F a pu se constituer un stock de pièces détachés en cannibalisant des cellules réformées; l'approvisionnement en rechanges demeurant un défi constant. Deux éléments sont scrutés avec attention, ce sont les trains d'atterrissages, et la cadre qui fait la jonction entre la cellule et la poutre de queue sur laquelle s'exerce de fortes contraintes dues à la puissance de l'appareil.

En revanche les quarante ans de l'hélicoptère et l'expérience de ses techniciens font que les pannes sont rapidement identifiées et les méthodes pour les résoudre largement connues et éprouvées. Enfin avec huit machines en dotation et dix pilotes (soit cinq équipages), la disponibilité est satisfaisante pour que la cible moyenne de 200 heures de vol annuelles soit atteinte par chacun.

Vol de nuit

En ce chaud mois de juin, des vols de nuit sont programmés.

A cette période de l'année sur la pointe bretonne, il faut s'armer de patience pour bénéficier d'une nuit noire. Cette nuit nous décollerons à minuit trente. Ce qui nous laisse le temps pour nous équiper, en effet notre mission comprenant des survols maritimes, il faut revêtir la très inconfortable combinaison étanche «  Casimir  », surnom hérité de sa couleur orange vif. Enfin «  Molina blanc leader  » va mettre en route, il est temps de rejoindre notre machine, c'est l'HELAE (spécialiste hélicoptére de l’aéronautique navale) qui nous guide dans la cabine exiguë du félin. L'HELAE est le spécialiste du Sonar, mais aussi le responsable du treuillage, de la gestion des passagers en cabine, et enfin l'opérateur de la mitrailleuse de sabord.

Nous volons ce soir sous JVN (Jumelles de Vision Nocturne), une fois celles-ci activées, le monde alentour devient monochrome noir et vert. Ça scintille pas mal dans les jumelles, ceci indique une nuit sombre. Cette soirée c'est un vol d'instruction, nous allons pratiquer du vol en patrouille serrée, des approches tactiques sur une DZ du Cap de la Chèvre et des manoeuvres stationnaires au-dessus de la mer.

Pour un néophyte, le premier choc visuel sous JVN, c'est le manque de profondeur  ! En effet lors de la PS on a vraiment l'impression que l'autre machine sur laquelle vous rassemblez vous saute au visage, ou que vous allez plonger dans la mer alors que vous êtes stabilisés à 20m au-dessus des flots.

Pour le jeune pilote, le vol sous JVN est aussi un vrai challenge, il faut faire abstraction des éléments perturbants comme par exemple la tuyère d'une autre machine. En effet dans la nuit noire celle-ci apparaît comme un énorme puit de lumière qui créé un très gros halo lumineux impossible à ignorer. Mais comme l'explique le pacha de la 34F, les JVN sont difficiles au début, puis à force d'entrainement survient un déclic, et après cela devient facile. 


Sourire et vaincre

S'il est bien une devise adaptée à une flottille, c'est bien celle de la 34F, «  Sourire et vaincre  ». En effet à peine les portes de l'unité franchies, on est saisi par l'ambiance qu'il y règne, mélange de grand professionnalisme et de décontraction apparente. La grande expérience des cadres de la 34F impose naturellement une forme d'autorité aéronautique auprès des autres pilotes. Le pacha a par exemple accumulé plus de 6700 heures de vol, et assure son second commandement, quand le COMOPS de l'unité approche pour sa part les 3000 heures de vol sur Lynx. Des machines et des missions qu'ils connaissent sur le bout des doigts.

D'autre part le fait d'être une «  petite boutique  » qui est la dernière à mettre en œuvre une machine au caractère marquée, renforce un peu cet esprit d'équipage. On sent les marins du ciel fiers d'appartenir à cette flottille, et heureux de travailler ensemble.

Un état d'esprit qui perdurera, même après de retrait du service actif des Lynx dans la Marine courant 2020. Les traditions de la flottille étant transmises, elles continueront à vivre au travers d’autres appareils.


Un très sincère merci à l’ensemble des personnels de la 34F pour leur incroyable accueil lors de cette fantastique immersion au sein de leur flottille