index.html

Pour faire défiler les images, cliquez à gauche ou droite, pour fermer l’image cliquez au centre de celle-ci

Reportage Kevin Duretz (texte et photos)

Ce mercredi 4 décembre 2019, ce sont près de 800 officiers Français et étrangers qui étaient invités sur la BA105 d'Evreux par le Major Général de l'armée de l'air, le Général de Corps d'Armée Olivier Taprest. Ces auditeurs de l'Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (IHEDN) et de l'Ecole De Guerre (EDG) n'étaient là pas uniquement pour se voir présenter les moyens et les missions de l'Armée de l'Air. C'est un véritable "plan de vol" pour les années à venir qu'a évoqué le GCA dans le hangar du 1/54 Dunkerque. Pour mieux définir comment s'organisera ce futur proche de l'Armée de l'Air, le Major Général a commencé par une synthèse détaillée des chiffres de ces derniers mois et années.


Véritable leader en Europe

Tant les chiffres annoncés ont rappelé (si besoin était) quel rôle joue l'Armée de l'Air en Europe, c'est une petite démonstration de force qui fut exposée. La capacité nucléaire aéroportée fut tout de suite présentée comme l'assurance vie de la nation. Pour rappel : l'exploit de la mission Excalibur du 4 février dernier où, après 11h30 de vol dans un environnement très contraint, un Rafale du 2/4 La Fayette tirait un missile ASMP-A. Egalement rappelé, le raid Hamilton du 14 avril 2018 où pas moins de 17 avions se sont projetés depuis la France pour détruire des objectifs sur le sol Syrien. Très peu de forces aériennes peuvent se targuer de disposer de telles capacités.

Dans ce qui est malheureusement devenu le quotidien des aviateurs français, les chiffres sont également éloquents. Rien qu'en 2019 au Sahel et dans la BSS, ce sont 4000 heures de vols, 500 "show of force" et 60 bombes qui furent délivrées.  Pour ce qui est de la base aérienne projetée en Jordanie, elle a permis en 5 ans de neutraliser pas moins de 2400 objectifs à travers plus de 11000 missions. La permanence opérationnelle sur le sol français n'est pas en reste. Cette année encore, Fennec, Mirage 2000 et Rafale auront effectué plus de 1000 décollages sur alerte, conduisant à 200 interceptions. Bref, des chiffres imposants et traduisants une véritable exigence pour la chaine logistique et les forces. Pour conserver ce rôle et sa crédibilité auprès de ses alliés, le GCA a évoqué l'enjeu majeur pour les quinze années à venir, une modernisation permanente de l'armée.

Une modernisation active et sur plusieurs fronts

Pour être à la hauteur de l'enjeu, la loi de programmation militaire prévoit pas moins de 295 milliards d'euros sur la période 2019 à 2025. Dans les faits, le Major Général a évoqué les nombreux et divers chantiers qui sont et seront engagés sur cette période. L'apparition de nouvelles capacités pour l'armée débutera dès la fin de cette fin d'année, avec les premiers tests et déploiements opérationnels au Sahel des drones Reaper armés. La possibilité enfin offerte aux pilotes du 1/33 de pouvoir frapper directement et par opportunisme des cibles, sera une avancée majeure. Elle permettra, entre autres, de s'affranchir de la longue mise en œuvre d'une mission de chasseurs. L'année 2020 verra l'arrivée des premiers Mirage 2000D rétrofités et la démocratisation du standard F3R du Rafale. Il lui permettra ainsi d'emporter le missile air-air longue portée Meteor, ce qui changera probablement la façon d'appréhender la gestion de la supériorité aérienne. Plus discrets mais non moins importants, deux nouveaux drones MALE ainsi que deux Beech 350 viendront doper ces capacités ISR dès l'année prochaine.

Si l'on se projette quelques années plus loin : "Le remplacement de nos Puma avant 2023 sera crucial pour continuer à réaliser les missions de sauvetage. Le remplacement de nos Fennec par le H160 assurera quant à lui la continuité de la police du ciel. Et enfin, la modernisation de nos Caracal permettra de garantir la pérennité de nos opérations spéciales.". Par ces mots, il fut rappelé que l'état et la disponibilité des flottes des voilures tournantes sont devenus des points sensibles, nécessitant un investissement particulier.

Dans cinq ans, les deux vénérables C160 "Gabriel" seront remplacés par trois nouveaux Falcon 8X ARCHANGE (Avions de Renseignement à CHArge utile de Nouvelle GEnération). A cet horizon, le standard F4 du Rafale lui permettra d'opérer de façon connectée et en réseau. Il sera alors déjà temps d'envisager les contours de son successeur. Le New Generation Fighter (NGF), financé pour l'heure par l'Allemagne et l'Espagne, devrait voir le premier vol de son démonstrateur en 2026. À terme, il doit s'insérer dans le projet plus global de Système de Combat Aérien du Futur (SCAF). À noter également que cette prochaine décennie devrait voir la mise en œuvre concrète des moyens du nouveau commandement de l'espace souhaité par le président de la république. Ce besoin de pourvoir assurer et protéger nos intérêts également dans l'espace émerge, et se devra de monter rapidement en puissance

Enfin, l'accomplissement de tous ces projets de modernisation de l'armée passera par la résolution d'un problème majeur : la fidélisation dans le temps de ses troupes. Le départ après seulement quelques années vers une carrière civile et ses avantages, n'est aujourd'hui plus anecdotique et pose désormais problème. En parallèle d'un recrutement continu, de sérieux plans sont engagés pour palier cela. Ce sera fondamental, notamment si l'on souhaite pourvoir continuer d'avoir assez d'équipages pour faire voler nos avions. Le cas particulier de l'A400M fut mis en avant, lui qui connaitra une hausse de sa cadence de livraison d'ici quelques années. Pour conclure sur la modernisation à venir de l'Armée de l'Air : "Vous l’aurez donc compris, l’Armée de l’air avance. Elle se modernise vite pour apporter toujours plus d’options à nos autorités politiques."


La journée du 4 décembre

Pour illustrer une partie de ces propos auprès des auditeurs, de nombreuses activités étaient mises en place au sol et dans les airs ce 4 décembre. Entre autres, une belle exposition statique regroupant une douzaine de machines. Il fut notamment appréciable d'y voir un des récents PC21 et le second A330 MRTT (042). Également l'Alphajet AT02, un des tous derniers résidents Belges de la BA120 dont le départ sera définitif en janvier 2020. Une fois l'épais brouillard dissipé, l'A400M a pu effectuer sa démonstration tactique, impressionnant de puissance et d'agilité. Au même moment d'ailleurs, la BA123 recevait le seizième exemplaire (F-RBAP) de l'Atlas. Au vu des besoins dans le transport, nul doute qu'il était fortement attendu. Un tableau complexe et représentatif de ce que peuvent rencontrer les forces dans la BSS fut ensuite déroulé. Des échanges armés au sol, appuyés par le soutient d'un Caracal, d'un Fennec ainsi que par un Transall délivrant un véhicule et des hommes après un posé d'assaut. La conclusion de cette journée d'exposition des moyens et des missions de l'armée de l'air à l'IHEDN et l'EDG s'est faite par la toute dernière démonstration du Rafale solo display par le Capitaine Nativel qui a assuré cette mission pendant deux ans. Les nombreux officiers présents ce jour, particulièrement les étrangers, furent curieux et ont pu apprécier le savoir faire de l'Armée de l'Air. Il est donc désormais nécessaire de passer aux actes afin qu'elle puisse garder cette position forte auprès de ses alliés dans les années à venir.