index.html

Pour faire défiler les images, cliquez à gauche ou droite, pour fermer l’image cliquez au centre de celle-ci

Unité relativement méconnue et à l'activité plutôt discrète, le DAAT (Détachement Avions de l'Armée de Terre) de Rennes avec sa flotte de TBM700 n'en assure pas moins une mission essentielle, parfaitement en adéquation avec le modèle «  Au contact  » de l'Armée de Terre. En effet ce détachement permet de répondre aux besoins des chefs de ne pas être coupé du terrain, aussi bien en France qu'à l'étranger.

En effet, 80% des missions de cette unité sont consacrées aux transports d'autorités aussi bien de l'Armée de Terre (en majorité) qu'aux services inter-armées ou même ministériels.

Avec sa flotte d'avions et ses personnels, le DAAT assure une posture de projection permanente (7 jours sur 7, 24 h sur 24). L'unité maintient un équipage d'alerte h 24 au profit du CEMAT qui peut réagir et se déplacer n'importe où très vite si la situation l'exige.

Enfin l'aéroport de Rennes présente l'avantage d'être ouvert jour et nuit, et plus de 50% des missions  réalisées par le détachement ne nécessite pas de passer par Paris (Villacoublay).


Un peu d'histoire

L'aviation et l'Armée de Terre, c'est une longue histoire tumultueuse. Initialement dépendante de cette arme, l'aviation militaire va s'affranchir de cette tutelle en 1934 avec la création de l'Armée de l'Air.

Malgré tout, l'Armée de Terre va continuer à mettre en œuvre un grand nombre d'avions (surtout dans un rôle d'observation). En 1954 est créée l'ALAT, et à la fin de la guerre d'Algérie, cette composante met en œuvre près de 700 avions. Au fil des années le nombre de voilures fixes au sein de l'ALAT va décroître pour atteindre son niveau actuel de huit TBM700 et cinq PC6.

Le DAAT a quant à lui une histoire qui prend sa source en 1963 sur la plateforme de Rennes avec la création du 14e Groupe d'ALAT équipé de Piper L21 et MH-1521 Broussard. En 1978 c'est la création du 3e Groupe d'Hélicoptères Légers (3e GHL). En 1984 le dernier vol d'un avion de l'ALAT (L19) a lieu à Rennes. Puis en 1987, le 3e GHL recréé un Peloton Avions avec deux Cessna F-406 (qui servaient en particulier au remorquage de cibles au profit des unités d'artillerie). En 1995, les premiers TBM700 arrivent à l'unité, créant avec les deux F406 l’escadrille de l’EMAT (Etat-Major de l’armée de Terre. Trois ans plus tard le 3e GHL est dissout et c'est la création de l'EAAT (Escadrille Avions de l'Armée de Terre). En 2007, l'unité dit adieu à ses derniers F-406, et atteint sa dotation historique maximale avec douze TBM. Deux ans plus tard, après la RGPP, le parc est réduit à son format actuel de huit avions. En 2013, l'EAAT prend la dénomination actuelle de DAAT. Enfin en 2017, cette unité atypique voit la création d'un temps de commandement, en fait l'arrivée d'un chef de corps pour le détachement. Ce lieutenant-colonel apportant un peu «  d'huile dans les rouages  »  dans les relations avec le commandement, ce qui parfois était moins facile lorsque l'interlocuteur le plus gradé était le capitaine commandant l'escadrille.

Le TBM700

L’acronyme de cette machine née à la fin des années 80 signifie TarBes Mooney et 700 est la puissance détarée de la turbine PT6A. Cette puissance est disponible à tous les niveaux de vol. Cet avion pèse environ 1800kg à vide et 2984kg maximum au décollage, il peut emporter en plus des deux pilotes, quatre passagers. Avec 280 gallons de carburant répartis dans les ailes, cette machine n''échappe pas à la difficile équation à résoudre concernant la répartition entre charge utile et emport de carburant. Avec six personnes à bord, l'autonomie est fortement minorée pour cet appareil qui consomme en moyenne un gallon (environ 3,8 litres) par minute. En 2013, la flotte de TBM a été retrofité progressivement avec la suite Garmin G1000, une amélioration notable dans l'aide au pilotage. Les huit machines stationnées à Rennes sont de deux standards différents ( A et B), la différence notable et visible est la porte d'embarquement arrière qui est plus large et à ouverture/fermeture électrique sur la version B. A noter que chaque avion possède sur le nez le nom d'une ville visitée par l’unité, le nom reprenant la dernière lettre de l'immatriculation, à l'exception de l'ABU qui s'appelle Ukraine  !

Le TBM700 s'exprime au mieux au niveau FL280, aux altitudes inférieures il est plus sujet aux turbulences parfois inconfortables pour les passagers. C'est une machine assez fine, qui nécessite un peu de précision aux basses vitesses, et lors des phases d'atterrissage.

D'autre part comme il est de plus en plus courant au sein des forces, le contrat d'entretien des TBM est externalisé auprès de Daher, celui-ci s'engage à ce que tous les jours cinq machines soient en ligne de vol. Ce contrat est largement respecté et il arrive même parfois que l'ensemble des huit machines soient disponibles pour assurer les missions, le total des 3500 heures de vol annuelles a été atteint ces deux dernières années..

Des personnels très qualifiés

L'antenne de Rennes est une «  petit boutique  », avec son emprise réduite sur l'aéroport et ses 62 personnels. Une vingtaine sont des mécaniciens, ceux-ci ont reçu leur formation théorique TBM700 sur la base aérienne de Villacoublay, la partie pratique s'effectuant à Rennes. Au DAAT les mécaniciens assurent la mise en œuvre des machines ainsi que leur entretien courant (changement de roue par exemple), comme expliqué précédent la maintenance plus lourde s'effectuant chez l'industriel.

Pour réaliser les missions, le détachement possède onze équipages (un commandant de bord et un pilote). Ces pilotes sont très expérimentés, ils ont tous été précédemment pilotes d'hélicoptères au sein de différents RHC (Régiment d’hélicoptère de combat). A Rennes ce ne sont pratiquement que des anciens de la Gazelle (le chef de corps, qui n’est pas pilote d'avion, est aussi un ancien de la Gazelle !). Le turn-over au sein du DAAT est faible, en effet les équipages signent un nouveau contrat de 10 ans en rejoignant l'escadrille avions. Aussi seulement deux nouveaux pilotes rejoignent chaque année cette unité. Cet engagement de 10 ans peut sembler long, mais l'ALAT doit s'assurer du retour sur investissement. La formation (coûteuse) dure  près de deux ans (dont un an pour obtenir l'ATPL), et à son issue les pilotes ont les qualifications requises pour rejoindre facilement le monde de l'aviation civile. A noter que si certains choisissent cette voie, d'autres décident de repartir dans les forces après leurs années à Rennes.

Au DAAT, en plus du capitaine commandant l'unité, quatre autres pilotes ont le statut de moniteurs, ceux-ci se sont formés à l'ATO de la BAN de Lann-Bihoué. Tous les ans, chaque pilote passe des tests en vol d'une semaine pour s'assurer de ses connaissances.

A noter que pour la première fois en 2019, deux jeunes ab-initio rejoindront le détachement sans avoir jamais volé sur hélicoptère.

Chaque pilote effectue en moyenne 300 à 350 heures de vol (80% de jour, et 94% IFR)

Prépa' miss'

Une des particularités notables du DAAT est sa cellule préparation de missions. Ce service, géré par quatre militaires du rang, s'occupe de planifier au mieux les missions qui arrivent du COMALAT. Les missions qui arrivent sont préparées par cette cellule à l'aide du logiciel RocketRoute. Ce soft, après paramétrages, permet de calculer les routes les plus optimales, les devis de masse, les éventuels points de ravitaillement, en croisant au mieux avec toutes les informations aéronautiques comme les NOTAM publiés par exemple. Cette cellule gère aussi l'aspect administratif comme le contact avec les aéroports pour les refueling, les plans de vols, mais aussi des aspects plus triviaux comme de trouver des hébergements pour les équipages en mission lointaine, ou bien encore des plateaux repas en cas de mission à forte amplitude horaire. Une fois ces missions préparées elles sont transmises électroniquement sur les tablettes des équipages, ceux-ci ayant le dernier mot pour éventuellement apporter des modifications en fonction de la météo par exemple.

Même si cette cellule préparation de missions fait bien des envieux au sein d'autres unités, il faut comprendre qu'elle n'est pas un luxe mais qu'elle permet au DAAT d'engranger plus de missions et ainsi de remplir au mieux sa mission d'aide au commandement.


Le futur

En 2020, les TBM700 fêteront leurs 25 ans de service. Cet avion, donné pour une durée de vie 16 000 heures de vol, a en moyenne dépassé les 10 000 heures de vol au sein de l'ALAT. Aussi d'ici quelques temps la question de son remplacement va se poser. Pour les responsables de l'Armée de Terre, il ne fait plus de doute qu'une petite flotte de voilures fixes est un parfait complètement à celle des hélicoptères, et donc ils souhaitent conserver le principe d'unités avions. Ces appareils allient en effet rapidité, versatilité, et faible coût d'utilisation. Plusieurs options sont ouvertes, mais celle consistant à remplacer les PC6 et TBM700 par un unique modèle avec peut-être de nouvelles capacités (surveillance par exemple) semble remporter la plus forte adhésion, même s'il faudra tout d'abord surmonter le problème du coût d'acquisition.

Quoi qu'il en soit, le DAAT et ses élégants TBM n'ont pas encore fini d'écrire leur aventure commune, et nul doute que les 75000 heures de vol réalisées et 45000 passagers transportés à ce jour, ne sont qu'une étape intermédiaire vers une histoire encore plus riche.


Merci au Lieutenant-Colonel Comier ainsi qu’aux personnels du DAAT pour leur superbe accueil lors de ce reportage