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Dire que les relations entre la Chine et Taïwan (où République de Chine) sont compliquées est un doux euphémisme. En effet selon le principe «  d'une seule Chine  » édicté par la République Populaire de Chine, celle-ci considère que Taïwan devrait être réintégré à son territoire. Depuis l'élection d'un nouveau gouvernement taïwanais en 2016, réaffirmant clairement son indépendance, les relations entre les deux pays se sont encore dégradées, à tel point que début 2019 la Chine a déclaré qu'un recours à la force n'était pas exclu pour récupérer Taïwan. Aussi la posture de défense de Taïwan est d'être en mesure de résister quinze jours à un débarquement chinois, et qu'ensuite le conflit s'enlise en espérant ainsi que celui-ci ne soit plus une option pour la Chine. C'est ainsi que par exemple treize plages ont été recensées (dont 7 sur la côte ouest) comme lieux de débarquement pour une opération amphibie  ; en conséquence ces plages ont été aménagées pour rendre ce débarquement très compliqué avec une multitude d'obstacles et d'infrastructures de défense.

Dans ce contexte, la force aérienne taïwanaise (où ROCAF) est bien évidemment un élément primordial dans la protection du pays. Ainsi cette île, à peine plus petite en superficie que les Pays-Bas, met en œuvre une flotte de chasseurs de pas moins de 420 machines! Juste au Sud de la capitale Taipei, sur la côte occidentale de l'ile, se trouve la base aérienne d'Hsinshu qui assure avec ses Mirage 2000-5 la mission de défense aérienne.


Mirage 2000-5 à la sauce taïwanaise

C’est en 1992 que Taïwan a signé un contrat portant sur l’achat de Mirage 2000-5. La cible initiale était de 120 machines, mais au final le nombre fut réduit à 60 exemplaires se répartissant entre 46 monoplaces appelés Mirage 2000-5Ei et 14 biplaces dénommés Mirage 2000-5Di. La livraison de la totalité de la flotte fut rapide, elle s’étala de mai 1997 à novembre 1998. Pour que les avions puissent assurer leur mission de supériorité aérienne, la commande fut complétée par l’achat de 960 missiles MICA et 480 Magic II.

Malheureusement les débuts furent plutôt laborieux. En effet, la disponibilité très faible due à des soucis dans la chaîne d’approvisionnement en pièces détachées, ainsi qu'à des problèmes importants de corrosion sur les cellules liés au survol maritime et la proximité de la mer par rapport à la base aérienne d’Hsinshu, conduisirent la ROCAF à envisager en 2009 de mettre à la ferraille où sous cocon la flotte de Mirage 2000-5. Cette décision joua sûrement le rôle d’électrochoc auprès des différents partenaires et industriels, si bien que les problèmes furent peu et peu résolus pour que cet avion puisse remplir le rôle qui devait être le sien. Dorénavant le Wing Mirage 2000 est une affectation prisée par les pilotes taïwanais, même si le coût de l’heure de vol de cet appareil reste le plus élevé de tous les avions de la ROCAF. Les avions sont mis en œuvre sur la plateforme d’Hsinshu par trois escadrons, deux opérationnels (les 41e et 42e) et un dédié à la transformation (48e).

Un agrément fut signé entre Taiwan et la France concernant des échanges de pilotes entre les deux forces aériennes. Ainsi au fil des ans, sept pilotes taïwanais bénéficièrent d’un échange en France. Un nombre indéterminé de pilotes de 2000 français fit le chemin inverse. Lors de notre venue, quelques locaux nous apprirent qu’actuellement un pilote français était en échange et qu’il avait pris la suite d’un autre compatriote qui était resté trois ans et demi à Hsinshu. 

L’attrition des Mirage 2000-5 sous cocardes taïwanaises est assez faible après 22 ans de service, car à ce jour seulement cinq machines ont été perdues (trois biplaces, et deux monoplaces).

Photographier les Mirage à Hsinshu

Spotter autour des bases aériennes de la ROCAF n’est pas vraiment un sport de masse, à plus forte raison en étant étranger. La base d’Hsinshu ne fait pas exception à la règle. Les probabilités sont élevées de recevoir la visite de personnes vous présentant une carte de police, mais qui au vu des questions posées semblent être plutôt du renseignement militaire ! Aussi après avoir été contrôlé par une personne nous questionnant sur nos éventuelles relations avec la Chine… nous sommes autorisés à prendre des photos des Mirage mais seulement en vol, il nous est expressément demandé de ne pas prendre en photo les infrastructures, interdiction qui ne semble pas s’appliquer aux photographes locaux. Mais comme une personne à une dizaine de mètres de nous, nous surveille discrètement ( !) du coin de l’œil, nous n’allons pas jouer avec le feu, et nous nous contenterons de clichés en vol.

Ici aussi, l’activité est soutenue, et peut démarrer tôt le matin (à partir de 8 h, voire même avant). Les vols d’entraînement au profit des jeunes durent moins d’une heure, alors que ceux plus opérationnels peuvent durer entre 1 h 15 et 1 h 30. En général il y a deux tours par jour, un le matin et un autre l’après-midi, éventuellement complétés par un tour le soir pour des vols de nuit. Entre 10 et 15 machines partent à chaque tour. Beaucoup des machines sont armées « bon de guerre », et voir décoller la PO (ou QRA dans la terminologie anglaise) n’est pas rare. Dans ce cas ce sont systématiquement deux machines qui décollent, deux autres prenant dans la foulée l’alerte au sol.

Pour avoir assisté à l’activation d’un « Scramble hot », on se rend compte de l’efficacité et du haut niveau de professionnalisme de la ROCAF, en effet à peine quatre minutes après le lancement des réacteurs des deux delta ceux-ci prirent l’air pour intercepter le bogey ayant déclenché l’alerte ! Enfin comme il est de coutume ici, on vole sept jours sur sept, avec juste des demi-journées off les jeudi, samedi et dimanche.


La ROCAF offre une belle diversité d'appareils différents, et voir des Mirage 2000-5 porter des cocardes autres que celles françaises est toujours rare. Mais ceci se mérite, car il faut jongler entre une météo capricieuse, une activité parfois erratique, et une surveillance un peu pesante.