index.html

Pour faire défiler les images, cliquez à gauche ou droite, pour fermer l’image cliquez au centre de celle-ci

Reportage complet de Kevin Duretz


L’IAF à Norvenich

Par deux fois, en 2017 et 2019, la luftwaffe s’était rendue en Israël pour prendre part à l'important exercice Blue Flag. Il aura fallu attendre 75 ans après la fin de la seconde guerre mondiale pour voir des chasseurs israéliens poser leurs roues sur le sol allemand. Du 17 au 28 aout, l'Israeli Air Force (IAF) s'est installée avec une dizaine de machines et 180 aviateurs sur la base aérienne de Nörvenich. Un dispositif finalement assez restreint vue l'ampleur et la durée du déplacement. Toutefois, la diversité et finalement la rareté des avions déployés fut appréciable. Six F-16C et D appartenant au 101Sq et 105Sq basés à Hatzor, deux vénérables KC-707 et deux G550 provenant de Nevatim où ils opèrent respectivement pour les 120Sq et 122Sq prirent part à ce déploiement.


Une coopération en deux volets

Deux exercices distincts, chacun d’une durée d’une semaine, étaient au programme de la quinzaine.

Le premier, du nom de Blue Wing était exclusivement consacré à la coopération germano-israélienne. Classiquement, les premières missions conjointes étaient en partie dédiées à la familiarisation avec les espaces aériens allemands et aux pratiques otaniennes. Des missions principalement orientées air/air avec l’ensemble des six F-16 furent courantes, afin de faire au maximum tourner les pilotes et équipages. Des dogfights simples à un contre un puis progressivement déséquilibrés furent engagés, notamment avec le TLG74 de Neubourg.

D’autre part, cette première historique se devait forcément d'être marquée de symboles. À l'image du survol du camp d'Auschwitz par trois F-15I en 2003, un Gulfstream 550 et deux F-16D Israéliens accompagnés de deux Eurofighter Allemands ont survolé le camp de Dachau le mardi 18 aout. Également en hommage, le site des jeux olympiques de Munich en 1972 fut survolé pour honorer les onze athlètes israéliens décédés au cours d'une prise d'otage. L’IAF résuma sobrement ces hommages et cette nouvelle étape de leur coopération par un tweet : «Se souvenir du passé, façonner l’avenir».

Les MAGDAYs

La seconde semaine de ce déploiement vue une forte intensification des missions. Exit l'exercice Blue Wing, l'IAF fut pour la première fois invitée à prendre part aux MAGDAYs, au titre de partenaire privilégié de l'OTAN. Cet exercice pluriannuel dont l'Allemagne est à l'origine, se déroule habituellement en quatre sessions et a pour but de former ses pilotes à voler dans des conditions complexes avec ses partenaires de l'OTAN. Ils sont donc bienvenus pour ses chasseurs qui, à l'inverse de ses ravitailleurs, hélicoptères et avions de transports, ne sont pas utilisés sur les théâtres d'opérations. En 2020 et en raison de la crise sanitaire dû à la Covid 19, ce n'était que la deuxième édition. À cette occasion, cinq JAS-39 Hongrois étaient également invités et déployés au nord de l'Allemagne sur la base de Jagel. Comme souvent, ces missions impliquent beaucoup d'acteurs et sont exigeantes. Aux missions air/air se sont ajoutées des simulations de raids air/sol le tout dans un environnement complexe de défenses antiaériennes. Afin de mieux comprendre le fonctionnement de l’autre et d’améliorer l’interopérabilité entre les forces, ces missions furent appréhendées à tour de rôle par une doctrine otanienne puis israélienne.

Hormis bien sûr les Eurofighter du TLG31, certaines missions furent également leadées par les Tornado du TLG33 de Büchel alors impliqués avec six machines. Principalement conduites au-dessus de la mer du nord, les missions de trois heures avec ravitaillement en vol étaient quotidiennes malgré la configuration "lourde" adoptée par les F-16 Israéliens. Tout au long de cette seconde semaine, le nombre de F-16 fut limité à quatre par mission avec deux monoplaces et deux biplaces. Au cours de ces vols, les pilotes ont également pu s’appuyer sur les deux G550 envoyés par l’IAF. L’un en configuration Conformal Airborne Early Warning, équipé de radars AESA d’une portée supérieure à 400km jouait le rôle d’AWACS et fut utilisé pour chaque sortie. Le second, en configuration SIGINT dédié au renseignement d’origine électromagnétique, se joignait occasionnellement à la partie selon les besoins de la mission. Nul doute qu’ils ont constitué une belle plus-value pour cet exercice.


Outre l’histoire, il est certain que ces deux semaines ont servi autant la luftwaffe que l’IAF. La première, pressée depuis plusieurs années d’augmenter ses budgets de défense et d’accélérer la professionnalisation de ses armées, a pu se frotter à des pilotes extrêmement entrainés et expérimentés. La seconde a pu continuer son apprentissage de la coopération avec les forces otaniennes, dont elle reste un partenaire de premier ordre dans sa région. Il est donc très probable que la Luftwaffe soit de nouveau actrice lors du prochain Blue Flag, les pilotes et officiels israéliens étant très satisfaits à l’issue cette quinzaine allemande.