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En 1985, après que le dernier réacteur de Mirage IIIC du 2/10 Seine se soit définitivement tu avec la dissolution de la 10e Escadre de Chasse, la BA110 de Creil tomba dans une profonde léthargie. En effet, la plate-forme fut mise en gardiennage cinq ans jusqu’en 1990, date à laquelle il fut décidé de réactiver la base aérienne. L’activité aéronautique quotidienne reprit en 1993 avec la création de l’escadron de transport 1/62 Vercors, équipé du tout nouveau Casa 235. Au fur et à mesure des années, l’activité augmenta avec la mise en ligne de nouvelles machines, et enfin avec le transfert en 2011 de l’ET 3/62 Ventoux depuis la base de Mont-de-Marsan.


Deux escadrons de transport

Avec les escadrons de transport Vercors et Ventoux stationnés sur la base aérienne picarde, l’ensemble des bimoteurs Casa 235 de métropole se trouve regroupé en un seul et même lieu. Ceci implique que ces unités de transport, en plus de leurs missions opérationnelles, s’occupent de la formation des équipages sur Casa. Cette mission, dans les faits, échoit au Vercors.

Environ 80% des pilotes à transformer viennent d’Avord, où ils ont appris sur Xingu au sein de l’EAT319, les rudiments du métier de transporteur sur avion multimoteurs. Les presque 20% restants proviennent d’autres escadrons de transport, et à de très rares exceptions de la chasse. Il est à noter que le patron du Ventoux, est un ancien du Transall. La formation à Creil démarre avec l’instruction dispensée par l’EIE (Escadron d’Instruction des Equipages). Cela commence par des cours théoriques durant lesquels l’élève va apprendre tous les aspects techniques de sa future machine, puis comment utiliser tous les systèmes de l’avion. Ensuite il est temps de passer aux choses sérieuses avec l’instruction liée au vol. Classiquement celle-ci se décompose entre une partie sur simulateur et une autre en vol. Les cinquante heures de vols sur simulateur se déroulent à Séville, en Espagne, chez Airbus Military. De retour à Creil l’élève effectue 25 heures de vol sur Casa pour achever sa formation et devenir pilote opérationnel (PO) ou copilote. Ensuite il va devoir assimiler la méthode lui permettant de réaliser des missions tactiques et devenir à terme chef de bord.

Le cursus complet à Creil dure environ deux ans et demi. Cela peut sembler long, mais il faut garder à l’esprit que le transporteur vole en général seul, et qu’il doit fonctionner en autonome, comme être capable de se poser sur une plate-forme sans aucun guidage.

Enfin, comme il est de tradition dans l’Armée de l’Air, quelques signes trahissent la saine rivalité entre le Vercors et le Ventoux. Mais au quotidien la ségrégation entre les deux escadrons n’existe pas, il n’est pas rare de voir des équipages mixtes avec des PN du 1/62 et du 3/62. En fait avec seulement une cinquantaine de pilotes pour l’ensemble des deux unités, trouver quotidiennement des équipages disponibles pour mener à bien toutes les missions est parfois une vraie gageure…


Le Casa 235

Les premiers exemplaires du Casa 235 ont été perçus par l’Armée de l’Air en 1993. Les six premières machines étaient des modèles -100 (identifiables aux petits numéros de série, de 043 à 072). Suivirent ensuite quatorze modèles -200 (avec des numéros de série du 105 au 165). Enfin à partir de 2012, l’Armée de l’Air réceptionna huit nouveaux Casa, cette fois des modèles -300 (numéros 193 à 200), ces derniers appareils étant facilement identifiables grâce au diabolo remplaçant la roulette de nez, et leurs casseroles d’hélices noires.

Même si les premiers modèles ont été rétrofités au standard -200, gérer une flotte de trois versions différentes s’avère parfois compliqué pour l’ESTA 2E.062 Oise! Ces différents standards rajoutent aussi une difficulté supplémentaire pour la gestion des équipages, car un pilote qualifié sur -300 l’est aussi sur -200, alors qu’un pilote de -200 ne l’est pas forcément sur la nouvelle version…

Pour chaque heure de vol il faut compter en moyenne 15 heures de maintenance hors OPEX, en OPEX ce chiffre tombe à 8 heures.

Pour préparer leur mission, les pilotes disposent d’ordinateurs sur lesquels tous les points clés du vol sont notés. Malheureusement ces donnés ne sont pas interfacées entre l’ordinateur et l’avion, aussi le pilote doit avant chaque vol, rentrer manuellement dans le Casa 235 toutes ces informations (points tournants, altitude, terrains, etc…).


Les missions

Cet élégant bimoteur, qui peut transporter quatre tonnes de fret sur 500 nautiques, réalise des missions principalement de deux types.

La mission de base est le transport logistique. Cette mission consiste schématiquement à transporter une charge d’un point A à un point B. Il est à noter que la flotte de Casa réalise des missions au profit de tous les services de l’État et pas seulement au profit de l’Armée de l’Air ou même plus globalement de l’Armée.

L’autre type de mission est le transport tactique. Celle-ci fait appel à toute l’expertise des équipages, car il s’agit de décoller d’un point A, de délivrer la charge transportée en un point B, et enfin de se poser à un point C, en devant faire face à d’éventuelles menaces le long du trajet. Ces menaces peuvent provenir aussi bien du sol que du ciel. Le Casa n’étant pas autoprotégé, il faut, en conséquence, adapter le profil du vol avec des manœuvres défensives spécifiques auxquelles les PN s’entraînent régulièrement (vol à basse altitude, décollage type Afghanistan, descente sous forte pente, etc…). Le transport tactique couvre différents aspects, comme le parachutage de soldats, le largage de colis, ou bien encore le posé d’assaut.

A l’instar de la chasse, avec la permanence opérationnelle déployée en seuil 25, la base aérienne 110 dispose aussi d’un équivalent pour le transport. En effet les escadrons de Casa ont toujours un équipage d’astreinte le week-end prêt à partir dans les meilleurs délais pour répondre à une situation d’urgence.


Le Mali

L’opération Serval au Mali a marqué un tournant important dans la participation aux OPEX pour le Vercors et le Ventoux. En effet durant ce conflit, les équipages sur Casa furent au plus près des combats. En plus de délivrer tout le fret nécessaire au bon déroulement des actions sur le terrain (eau, munitions, équipements, etc…), les Casa 235 réalisèrent des missions tactiques de type « Casa Nurse » ou EVASAN. Lors des combats qui se déroulèrent dans le massif des Ifoghas, le Vercors et le Ventoux se posèrent au plus près possible des zones de combats pour participer à des évacuations sanitaires de combattants blessés. En effet, le Casa pouvant être équipé d’un kit sanitaire et d’une équipe médicale, la rapidité qu’il offre pour prodiguer les premiers soins par rapport à un véhicule terrestre est indéniable.

Pour les équipages le sentiment de participer à un conflit était renforcé par les conditions de vie au sol. A Gao, parfois les aviateurs durent se protéger du feu d’armes automatiques ou de tirs de mortier. Vivre sous tente, en affrontant des températures extrêmement élevées, et mener des missions à risques, imposèrent des rotations tous les quatre à six semaines pour les PN des escadrons.


Avec la rapide déflation du parc Transall, plus la montée en puissance de l’A400M assez lente, l’activité aéronautique des escadrons de transport 1/62 et 3/62 n’est pas près de faiblir au cours des prochaines années. Pour exemple en 2013, les pilotes du Ventoux ont effectué en moyenne 292 heures de vol, avec le patron qui en a effectué 170, mais d’autres ont dépassé les 500 !


Je tiens à remercier sincèrement les Lt-Colonel Anquetil et Abello pour leur accueil exceptionnel durant cette visite. Merci aussi à l’Adj Marin pour sa disponibilité et son aide précieuse pour que je puisse prendre les meilleurs clichés possibles. Enfin, merci à tous les personnels de la BA110 croisés au cours de cette journée.