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Une année riche en évènements

L’année 2014, ressembla parfois pour le 2/33 à une longue tournée d’adieu, avec par exemple une visite de courtoisie à Payerne en mars, ou bien encore un dernier hommage à la Savoie avec la venue de deux F1 à Chambéry en mai. Mais elle fut surtout jalonnée d’événements marquants comme en vivent tous les escadrons de chasse de l’Armée de l’Air.


2013 avait vu la résurrection du Recce-Meet sur la BA118 de Mont-de-Marsan. Hérité du  célébrissime Royal Flush, cet exercice légendaire dédié à la reconnaissance, avait connu son heure de gloire au début des années 2000 sur la base belge de Florennes. Au vu du succès rencontré en 2013, et souhaitant remettre en jeu son trophée de vainqueur, l’ER 2/33 Savoie avait organisé en ce début d’avril 2014 une nouvelle édition.

En plus des participants français (EC 2/30, ER 2/33, 11F, 12F), deux nations étrangères avaient répondu favorablement à l’invitation du Savoie : l’Ala 12 espagnol sur Hornet et le MPM 348 grec sur le légendaire RF-4E Phantom. La dimension sociale de ce genre d’événement ayant été pris en compte tout particulièrement par le 2/33, c’est avec une grande satisfaction que les espagnols et les grecs quittèrent les Landes après ces 3 jours en France. Pour la petite histoire c’est le Normandie-Niemen, avec le couple Rafale/Pod NG, qui s’attribua la victoire. A propos de la victoire du Neu-Neu, certains « chasseurs intelligents » expliquèrent, avec un brin de malice, que le  Savoie ne voulait pas disparaître emportant dans ces bagages le trophée du Recce-Meet…

Campagne de tir Air-Sol

Toujours durant le mois d’avril, et plus précisément du 22 au 25, le 2/33 réalisa une ultime campagne de tir air-sol depuis la BA120 de Cazaux. Alors que la campagne de tir de novembre 2013 devait être la dernière, il s’avéra que l’allocation annuelle en bombes bonne de guerre n’avait pas été totalement consommée. Aussi il fut décidé d’organiser une campagne de tir sur quatre jours à l’aide de cinq Mirage F1CR. L’ensemble des pilotes du Savoie y participa. Malheureusement plusieurs impondérables vinrent bousculer les plans établis. Le mercredi une bombe guidée laser n’explosa pas, et fit long feu, déclenchant un sérieux incendie sur le champs de tir de Captieux. Ce sinistre n’étant pas maîtrisé par les pompiers il fallut fermer Captieux. Puis le jeudi, une météo calamiteuse sur la région força à annuler une bonne partie des vols. Au final, sur cette petite semaine, près de 30% des missions prévues ne purent être effectuées. Malgré ces désagréments, ce déploiement à Cazaux n’altéra en rien la bonne humeur régnant au sein de l’escadron.

Le grand jour

Enfin le 13 juin 2014 fut organisée la cérémonie du retrait du Mirage F1CR  ainsi que la mise en sommeil de l’ER 2/33 Savoie. En plus de la cérémonie militaire présidée par le Major général Antoine Creux, le Savoie avait voulu célébrer de façon marquante cet événement somme toute un peu triste. Pour l’occasion pas moins de quatre machines reçurent des décorations spéciales. Pour trait commun, chacune d’elle arborait des chevrons sur la dérive.  Un F1CR portait une sublime robe « vanille-chocolat » en témoignage de sa longue histoire africaine. Un autre monoplace avait revêtu un fini DA de la grande époque propre au F1C : ventre alu, dessus bleu ciel, cocardes à liseré jaune, et parements rouges sur les entrées d’air. Un dernier CR reprenait les couleurs des F1CT (nez vert) ainsi que l’énorme bidon irakien de 2200 litres sous le ventre avec sublime gueule de requin. Enfin, le dernier avion décoré était un F1B biplace, dans son traditionnel et unique camouflage bleu rehaussé de chevrons rouges. 

Le 2/33 avait vu les choses en grand, aussi pour l’occasion 4000 personnes (pour la plupart anciens de la communauté F1) furent invitées à venir suivre le petit show aérien concocté pour l’occasion.  Les parachutistes de l’Armée de l’Air, les Cartouche Dorée, l’EVAA, les Ramex Delta, le solo display Rafale, et enfin la Patrouille de France, offrirent un très beau spectacle au public de connaisseurs sous un écrasant soleil landais !  Enfin les capitaines « Zyva » Eymann et « Cox » Coquinot, avec les évolutions de la superbe patrouille Bravo des Carol Hotel, rappelèrent avec émotion la mythique patrouille des Voltige Victor ! Ultime petit caprice de star, une des machines cassa, et un des présentateurs dû se précipiter sur un F1B spare.

En plus du spectacle dans le ciel, quelques avions français venus de différentes bases aériennes composèrent un joli plateau statique, complété par quelques machines étrangères comme des Tornado allemands ou un Hornet suisse.

Le 1er juillet 1983, l’ER 2/33 Savoie eut l’insigne honneur d’être la première unité de l’Armée de l’Air à recevoir le tout nouveau F1CR, la version de reconnaissance du Mirage F1.  Hasard de l’histoire, c’est à ce même escadron qu’échut l’honneur d’être le dernier utilisateur de cette célèbre « fléchette ». 


Un peu d’histoire

Programme lancé en 1978 pour remplacer les vieillissants Mirage IIIR, c’est donc en 1983 que les premiers F1CR entrèrent en service dans les forces. Le dernier des 64 exemplaires fut livré en 1987.  Sur la base aérienne de Strasbourg, la 33e Escadre de Reconnaissance avec ses trois escadrons mit en œuvre cet avion qui était alors à la pointe de la technologie avant l’arrivée des Mirage 2000. Après la guerre du Golfe et la fin de l’URSS en 1991, l’Armée de l’Air engagea de profondes restructurations. En 1994 la BA124 de Strasbourg fut fermée, et ses escadrons migrèrent vers la BA112 de Reims. En fait seulement deux escadrons rejoignirent la base champenoise (le Belfort et le Savoie). En effet la mission de reconnaissance dans le nouveau format des armées ne nécessitant plus de mettre en œuvre autant de machines, ce fut l’ER 3/33 Moselle qui fut dissous en 1993.

Ainsi pendant plus de 15 ans, l’histoire des Mirage F1CR du Savoie fut intiment liée à la base aérienne de Reims, le 2/33 arborant fièrement son code en 33-Nx.

La légende F1...

Bien que la dissolution du Savoie fut prononcée le 13 juin, cet escadron survécu dans les faits un mois supplémentaire. En effet il avait été décidé en haut lieu que l’ultime vol du Mirage F1 se déroulerait lors du défilé aérien du 14 juillet. Profitant de ce sursis supplémentaire d’un mois, la patrouille des Carol Hôtel pu se produire durant les MNA de Cazaux et Nancy, meetings durant lesquels elle rencontra un grand succès. Il est à noter qu’un dernier incident sérieux vint marquer la fin de carrière du F1. En effet le 23 juin le F1CR n°645 sectionna une ligne à haute tension dans la région de Grenoble, forçant l’appareil à se poser  sur l'aéroport de Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs.

Enfin le samedi 12 juillet un peu avant 15h sous un ciel bien gris, les sept derniers F1 se posèrent à Chateaudun, leur ultime demeure…cinq d’entre eux ayant la chance de voler une dernière fois lors du défilé aérien du 14 juillet au dessus de Paris, achevant en beauté une carrière longue de 40 ans dans l’Armée de l’Air.


Pour les pilotes, des sorts très différents les attendront. Certains poursuivront leur carrière en Etat-Major, d’autres deviendront moniteurs, plusieurs rejoindront le 2/2 Côte d’Or, un partira à Holloman AFB pour être formé sur drone Reaper. Enfin les quatre derniers pilotes qualifiés sur F1 connaitront la chance de poursuivre leur carrière sur «pointu». Un ira sur 2000C au 2/5, un autre fera du 2000D à Nancy, encore un autre rejoindra le Neu-Neu sur Rafale, et enfin le dernier traversa l’Atlantique pour voler sur Hornet au Canada.

Merci au Sirpa Air pour m’avoir permis de suivre le Savoie durant ces six derniers mois. Merci aussi aux personnels du grand 2/33 croisés à l’occasion de toutes ces manipes!