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Ca bouge dans le Pays de LĂ©on

AprĂšs de longs mois de grisaille et de froid, enfin le beau temps semble s’installer en ce mois de juillet dans le FinistĂšre. TempĂȘte de bleu, chaud soleil, et vent d’est pour adoucir l’atmosphĂšre, c’est enfin l’étĂ©.  Si ces belles conditions climatiques semblent inciter Ă  la dĂ©tente, sur la Base d’AĂ©ronautique Navale de Landivisiau ce n’est pas l’ambiance estivale qui prĂ©vaut, tant l’activitĂ© est intense. En effet en seuil de piste 08, les officiers d’appontage (OA) se sont installĂ©s une trentaine de mĂštres devant le miroir qui va servir pour une sĂ©ance d’appontages simulĂ©s sur piste (ASSP). Trois Rafale M viennent de s’élancer pour enclencher une demi douzaine de circuits d’approche; Ă  peine ceux-ci achevĂ©s, deux Super Étendard ModernisĂ© (SEM) dĂ©collent Ă  leur tour, bientĂŽt rejoints par un E-2C Hawkeye de la 4F de Lann-BihouĂ©, qui vient s’insĂ©rer dans le circuit. Ce manĂšge dure une bonne demi-heure, puis de nouveau d’autres Rafale M montent en piste pour s’exercer Ă  leur tour Ă  ce dĂ©licat exercice.

Les ASSP

La diffĂ©rence principale, entre un pilote de flottille embarquĂ© et un aviateur basĂ© Ă  terre, est la capacitĂ© du marin Ă  poser sur un bateau en mouvement, aux alentours de 140 nƓuds, une machine de plusieurs tonnes, dans une zone pas plus grande que la surface d’un terrain de tennis ! Il va sans dire que pour rĂ©ussir cette gageure, il est nĂ©cessaire de s’entraĂźner Ă©normĂ©ment. Cet entraĂźnement  se dĂ©compose en deux cycles principaux, un Ă  terre, et l’autre Ă  la mer. Aussi avant de participer aux Carquals (carrier qualifications) sur porte-avions, il faut tout d’abord pratiquer des appontages simulĂ©s sur piste oĂč ASSP.

Ces ASSP sont sanctionnĂ©s par une qualification qui permet ensuite au pilote de poursuivre son entraĂźnement sur le Charles de Gaulle. Ces appontages simulĂ©s sont  rĂ©pĂ©tĂ©s durant douze Ă  quinze sĂ©ances. Chacune de ces sĂ©ances est composĂ©e de six Ă  huit passes. Ainsi en moyenne, un pilote va rĂ©aliser pas moins d’une centaine de passes pour obtenir sa qualification !  Une passe consiste en un circuit d’appontage calibrĂ© qui conduit Ă  intercepter le glide, puis Ă  aligner correctement les lumiĂšres sur le meat ball du miroir d’appontage, et enfin idĂ©alement, placer le crochet de la crosse d’appontage un mĂštre vingt devant le brin (le n°2 sur le bateau). Durant ces entraĂźnement Ă  terre, la crosse n’est jamais dĂ©ployĂ©e, et l’avion fait une remise de gaz systĂ©matique Ă  quelques mĂštres au dessus de la piste. Toucher la piste ne se fait qu’à l’issue de la derniĂšre passe.

On parle de circuit d’appontage calibrĂ©, car si Ă  Landivisiau les repĂšres au sol sont nombreux pour rĂ©aliser un circuit d’atterrissage comme par exemple le clocher de Bodilis pour poser en 26,  Ă  la mer ceci devient beaucoup plus compliqué aussi il faut rĂ©pĂ©ter un circuit d’appontage type avec un point de repĂšre unique, comme ce sera le cas sur l’ocĂ©an avec le bateau !

Durant la phase finale de l’appontage, le pilote doit prendre en compte trois facteurs : la vitesse, l’alignement sur la piste et la pente. Le dispositif lumineux du miroir d’appontage lui permet de valider qu’il est sur le bon plan de descente. Au moment oĂč le pilote visualise les lumiĂšres verticales sur le miroir, l’écart entre chaque lampe reprĂ©sente un Ă©tagement de 25 pieds, cet Ă©tagement diminuant en se rapprochant du miroir. Sur le dispositif lumineux sont placĂ©es cinq lumiĂšres verticales ; aucun appontage ne peut ĂȘtre effectuĂ© lorsque ce sont les lumiĂšres (rouges) des deux extrĂ©mitĂ©s qui sont visualisĂ©es. Cet atterrissage ne peut se rĂ©aliser que lorsque c’est une des trois autres lumiĂšres qui est vue, avec une nette prĂ©fĂ©rence pour celle du milieu qui dans ce cas s’aligne parfaitement avec les quatre lumiĂšres vertes horizontales. Mais pour les appontages, le pilote doit aussi, et surtout, se fier Ă  l’expertise de l’officier d’appontage.

Les OA

A l‘heure de technologie de plus en plus pointue, en particulier dans l’aĂ©ronautique militaire, il est Ă  noter que le rouage essentiel pour la bonne exĂ©cution d’un appontage reste un homme, en l’occurrence l’officier d’appontage (OA). En effet cet officier, qui est au service du Groupe AĂ©rien EmbarquĂ© et du porte-avions Charles de Gaulle,  est le garant de la sĂ©curitĂ© de l’appontage. C’est tout simplement Ă  lui que revient la dĂ©cision de laisser apponter un avion ou non !

L’OA est un pilote. Il doit ĂȘtre expĂ©rimentĂ©, et  possĂ©der au minimum la qualification de sous-chef de patrouille avant de pouvoir prĂ©senter sa candidature auprĂšs de la division appontage. Il doit avoir les compĂ©tences, mais aussi la reconnaissance Ă  la confiance de ses pairs. Enfin il doit surtout faire preuve de motivation, car la formation d’un OA dure environ trois ans, et il n’est vraiment confirmĂ© qu’au bout de cinq ans. Trivialement, assister Ă  terre Ă  moins de quinze mĂštres, aux atterrissages en sĂ©rie de chasseurs comme le Rafale durant une belle journĂ©e de juillet semble un boulot en or
mais assurer  avec sang-froid la sĂ©curitĂ© d’un homme et de sa machine Ă  l’appontage, la nuit, dans le froid, sous la pluie, balayĂ© par un vent violent remet bien en perspective l’investissement personnel qu’il faut pour envisager cette fonction.

Un des buts principaux de ces ASSP, a pour objectif de dĂ©velopper la  confiance des pilotes vis Ă  vis des OA. Il faut en effet qu’une confiance mutuelle se tisse entre les pilotes et les officiers d’appontage, pour que celui qui se prĂ©sente Ă  l’appontage exĂ©cute dans la seconde, sans ciller,  les ordres que lui transmettra l’OA.

Enfin Ă  l’issue de ses sĂ©ances d’ASSP, un dĂ©briefing commun est assurĂ© entre les officiers d’appontage et les pilotes, afin que chacun puisse profiter de l’expĂ©rience de l’autre (qu’elle soit bonne ou mauvaise).


Alors que la sĂ©ance s’est achevĂ©e depuis une petite heure, sur les parkings des flottilles, les pistards s’activent autour des avions pour permettre Ă  d’autres pilotes de s’entraĂźner aux ASSP. Parmi eux, un des officiers d’appontage qui Ɠuvrait en 08 il y a quelques minutes de ça 


Merci Ă  “JĂŒl” pour ses prĂ©cieuses explications. Merci aussi Ă  l’EV Loustaunau pour sa disponibilitĂ© durant cette journĂ©e, bon vent Vincent!